C'est tout chaud !

Enquête dans le Paris d’hier

Écrivaine, romancière, biographe, Frédérique Volot cumule les casquettes. Solitaire s’évadant par l’écriture, elle revient avec un nouveau roman historique, prenant place dans le Paris de la fin du XIXe siècle. Dépaysement garanti : voyage dans un Paris tel que vous ne l’avez jamais vu ! Printemps 1861. Achille Bonnefond, détective de son état, spécialiste des affaires criminelles, est appelé de toute urgence sur une scène de crime macabre et énigmatique à souhait : une cascade de cheveux roux, le visage, les mains, les seins et le bas-ventre détruits au vitriol, et une lame de tarot, celle de la Maison-Dieu. C’est tout. A part, bien sûr, cette lettre serrée dans la main de la morte, évoquant un complot contre l’Empereur. Pour en savoir plus, Achille recrute un chiffonnier qui n’a pas froid aux yeux et a déjà tout vu : Baise-la-Mort ! A ses côtés, il se lance dans le Paris des bas-fonds, celui qui  coexiste aux côtés des chics boulevards haussmanniens. Ce n’est qu’au prix de cette descente aux enfers qu’il reconstituera le passé trouble de celle qu’on surnommait la Vierge-Folle.

la vierge folle

Descente aux enfers est vraiment l’expression qui pourrait caractériser le livre. Car si le début nous montre un Paris qui fait rêver,  comme l’image qu’on en a gardée, celle d’une ville-lumière aux artères larges et bien aérées, on le quitte bien vite pour plonger de plus en plus profondément dans les quartiers mal-famés, les  coupe-gorge et autres taudis crasseux. Là se réunit une faune répugnante, à mi-chemin entre la cour des Miracles dégénérée et la foire aux monstres épouvantables. C’est peut-être bien là que le bât blesse : ce portrait du Paris miséreux, pour juste qu’il soit, donne trop dans la surenchère. Ce ne sont que chicots noircis, trognes déformées par l’alcool, bons-à-rien soiffards préférant s’enivrer plutôt que d’aspirer à une vie meilleure.  Le portrait est certainement bien vu, mais c’est un peu trop pour sonner totalement juste, et c’est bien dommage.

À la suite d’Achille et Baise-la-Mort, son informateur et guide, on découvre un Paris insoupçonné, regorgeant de petites anecdotes sur telle ou telle rue, d’histoires anciennes et sordides s’étant tenues à tel carrefour, ou de chronique antique à compléter, le tout servi dans un argot que ne renierait pas un maître linguiste. Le travail de recherche historique et linguistique qui sert de soubassement au roman au roman est admirable. Seul regret : que certaines tournures argotiques ou anecdotes soient simplement plaquées sur le récit, faisant s’adapter l’intrigue à leur passage plutôt que l’inverse. On a parfois l’impression que l’explication ou la scène est gratuite, et l’effet encyclopédique casse un peu le rythme du récit, avec trop de pauses narratives. Mais comment en vouloir à l’auteur ? Les choix ont dû être drastiques et on en voudrait plus, avec une histoire au long cours, pour en apprendre plus sur ces petits mystères purement parisiens.

Mis à part ces pauses, le récit est bien mené : les personnages vont d’investigations en découvertes, et le mystère plane assez longuement sur le récit. À côté de cette enquête, on suit la vie mondaine d’Achille (qui n’est pas le dernier aux bals et se montre assez empressé auprès de la gent féminine) et cela donne au roman un côté assez léger et décontracté qui contraste bien avec l’horreur du paysage urbain. De plus, l’intrigue prend place durant les travaux du baron Haussmann et l’atmosphère pleine de bruit, de poussière et d’effervescence de ces incroyables percées est extrêmement bien rendue. Pour un peu, on entend les cris des contremaîtres, et on a l’impression de voir se dessiner sous nos yeux ces boulevards gigantesques et les bâtiments mémorables qui les bordent. Allié à l’enquête qui mêle histoire, relations internationales et ambiance de l’époque, on se retrouve dans un Paris qui se construit ligne après ligne, mouvant, vivant et aux multiples visages. Rien à redire, Frédérique Volot sait comment planter un excellent décor et parvient à faire la ville une sorte de personnage à part entière.

Avec La Vierge-Folle, Frédérique Volot propose donc une belle chronique sur le Paris en construction de la fin du XIXe siècle : une intrigue pleine de bruit, de boue et de poussière, aux relents d’absinthe et de crasse, mâtinée de l’effet pailleté des rivières de diamants des grands bals, et fleurant bon l’iode des bains de mers à la mode. Un récit tout en contrastes, mêlant habilement enquête et histoire, et nous faisant replonger dans une époque que l’on oubliait.

La Vierge-Folle, Frédérique Volot. Presses de la Cité, 2013.

Par Oihana

A propos Oihana (444 Articles)
<p>Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.</p>

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