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Retour d’une séance : Noé

Jamais mon opinion sur un film n’aura autant changé. Que ce soit avant ou pendant la séance, Noé m’aura tour à tour désespéré, intéressé, et rendu particulièrement perplexe. Tant de chose à dire, d’éléments à éclaircir, nous voilà donc partis pour un retour de séance sur Noé, de Darren Aronofsky, aussi prévisible que surprenant – complexe, en quelque sorte.

Nous voici donc plongé dans l’histoire de la bible, le mythe connu internationalement. Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. A lui de sauver la création de Dieu en protégeant de la noyade un couple de chaque animal vivant sur Terre

Synopsis plié, attaquons nous au décor. Fidèle à lui-même, Aronofsky nous livre une image de très belle facture, avec un vrai souci de photographie, malheureusement par endroit seulement. L’image de synthèse, présente abondement dans le film, se révèle très irrégulière, vraiment belle par endroit, franchement ratée pour d’autres. Cette diversité de qualité est vraiment dommageable à l’image du film, car elle nuit vraiment à l’immersion. Les plans de qualité interviennent heureusement sur les séquences fondamentales de l’intrigue, les plus importantes.

Du point de vue de la réalisation, très peu de choses à redire. On touche là l’un des points forts d’Aronofsky. L’ensemble s’en sort avec les honneurs, tant les plans sont impeccables. Tout est calculé, et à sa place. C’est évidemment un atout indéniable, mais aussi ce qui fait chuter Noé dans mon estime – J’y reviendrais. Mention particulière pour les plans du déluge, possédant une esthétique remarquable, mélange entre ombre et lumière particulièrement efficace.

Lors du visionnage de la bande-annonce de Noé, me première pensée a été « Cette fois-ci, Russell Crowe ne sauvera pas le film ». Parti pour être un nanar particulièrement drôle, mon opinion a changé aux premiers retours que j’ai pu avoir. Des amis – que je sais avoir des opinions communes aux miennes – m’en ont vanté la beauté et l’efficacité, et m’ont laissé donner une chance à ce film. Ma documentation annexe sur Aronofsky, m’a aussi permis de compléter le tableau, et de donner une vision plus précise de ce que j’allais pouvoir apprécier.

Bref, tout cela pour en venir au casting. Mon opinion première n’a pas été démontée, puisque l’on retrouve un Russell Crowe relativement plat dans le personnage de Noé. Même si l’ensemble des personnages sont assez développés, et vraiment attachants, ceux-ci auraient peut-être mérité un peu plus de profondeur, même s’il est difficile d’en demander plus sur un film de cette ampleur. Malgré un Russell Crowe assez peu humain donc, mais plutôt bon, on retrouve tout de même quelque têtes connues : Jennifer Connelly, vraiment au top, Anthony Hopkins, tel un Dieu, et Emma Watson, fidèle à elle-même (comment ça je n’aime pas Emma Watson ?), mais aussi de parfaits inconnus, tel Douglas Booth – Mais si, Romeo dans Romeo et Juliette de Carlo Carlei.

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Mais c’est Logan Lerman qui mérite vraiment que l’on porte un intérêt sur son rôle. En dépit de ses 22 ans, il conserve toujours une tête de ses 15 ans. Même si son expression faciale est identique quel que soit le film, il possède tout de même ce petit « truc » que l’on apprécie. Logan est vraiment capable d’un jeu saisissant, et le rôle offert par Aronofsky lui convient parfaitement. L’air innocent et apeuré qu’il peut avoir le rajeunit énormément, et l’on s’identifie vraiment au personnage de Cham.

Malheureusement, Noé n’est pas exempt de critiques, et c’est ici que le temps se gâte (sans mauvais jeux de mots). Le principal problème est – comme je le disais – la manie d’Aronofsky pour l’ordre. Tout est à sa place, calculé. Mais si cela peut être un atout, dans le cas présent, cela rend le film monstrueusement prévisible. La place n’est pas à l’improvisation. J’ai déjà fait l’éloge de films « calculés », mais ici, cet ordre n’aide pas, voire pire, dessert la compréhension. Cette prévisibilité est une sorte de facilité, et – expression que j’exècre – pendre le spectateur pour un imbécile. A partir du moment où tout lui est expliqué, comment peut-il se faire sa propre interprétation du film ? Pour pouvoir réfléchir vraiment sur le film, il faut pouvoir lui trouver une vision alterne, pouvoir y réfléchir plus longuement, ce qui ne peut se faire pendant le visionnage. L’idée est assez complexe, mais mérite que l’on s’y attarde plus longuement. En résumé, Noé est un film extrêmement simple à comprendre au visionnage, étant donné que toutes les clés sont données au spectateur, et à la fois extrêmement complexe à analyser et à réfléchir, du fait de l’importance des éléments qu’il met en place et de la symbolique qui leur sont associés.

noé 3

Autre problème majeur, et récurrent dans l’industrie du cinéma actuel : le film est long. De gros problèmes de rythme sont légions tout au long du film. Ces problèmes de découpage sont, à mon avis, dû au fait que le film en contient deux. Je m’explique : le film est découpé en deux parties bien distinctes, séparé par une séquence que l’on peut qualifier de séquence de fin. Cette fin intervient quasiment à la moitié du film, qui par conséquent mériterait deux volumes, un contenant le première moitié, l’autre la seconde. Le public a tendance à râler lorsqu’il entend le mot « suite », prétextant l’envie des producteurs de s’en mettre plein les poches, mais il faut admettre que certaines fois, les films en plusieurs parties sont grandement appréciables.

Annoncé comme un nanar inconsidéré, Noé a pris une nouvelle ampleur une fois le film en salle, et les premières critiques dévoilées. Les spectateurs bluffés, tout le monde était pour ainsi dire émerveillé. Puis le temps est passé, et les avis sont devenus plus mitigés. Noé est un film bon, vraiment au niveau des canons actuels, mais sans doute pas au niveau des attentes de son réalisateur, et à l’accueil plus que tiède. Si l’image est dans l’ensemble plutôt bonne, celle-ci souffre de gros problèmes de réalisation, avec une image de synthèse à la ramasse. Casting étoilé et connu, mais qui peine à séduire, et problèmes de rythme sont néanmoins problématiques, malheureusement largement surpassé par une prévisibilité à toute épreuve : il vous sera impossible de penser autre chose que ce que l’on vous montre. De bonnes idées, une réalisation correcte, une adaptation plutôt réussie, mais des problèmes de fond qui plombent le film de manière définitive. Un coup d’épée dans l’eau pour Darren Aronofsky, qui n’aura pas su séduire le public, échec que ne méritait pas ce projet de longue date et cet enfer de développement qu’aura été Noé.

noé 4Par Baptiste

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