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Illusions fatales, un excellent roman !

Illusions fatales
Il est six heures de matin et je ferme le livre Illusions fatales après l’avoir lu toute la nuit, avec un étrange mélange de sentiments : malaise, peur insidieuse et, par-dessous tout : le plaisir d’avoir passé un si agréable moment, à ne pas pouvoir le lâcher.
Avec Illusions fatales, nous entrons dans une atmosphère étrange, sombre, où « manipulation » est le maître mot. Nous découvrons Sir Hugo Fletcher, richissime homme d’affaires, possédant une association qui aide les prostituées à quitter le trottoir. Pour tous, il semble être l’homme et le gendre idéal : beau, brillant, intelligent et plein de bonté. Mais avec sa mort, ses secrets vont se révéler peu à peu…
Avant de détailler davantage, il me semble important de présenter les personnages de ce roman, car ils ne sont pas nombreux et ont tous une grande importance dans le dénouement du récit :
Il y a évidemment la victime, Sir Hugo Fletcher : adulé par la plupart des gens, haï par ceux qui le connaissent réellement. Puissant, charismatique et terriblement intelligent, c’est le prince charmant qui se découvre être le grand méchant loup.
Il y a ensuite Laura Fletcher, l’épouse de Sir Hugo. Elle est difficile à cerner, sombre, mélancolique, certains la prennent pour une folle, puisqu’elle a été internée deux fois déjà. Autrefois belle, elle n’est aujourd’hui plus qu’un pâle reflet de ce qu’elle fut un jour, mais, dès la mort de son mari, elle va redevenir peu à peu celle d’antan, comme un oiseau qu’on libère de sa cage.
Puis, nous découvrons Imogen, la belle-sœur de Laura (elle a épousé Will, le frère de celle-ci, avant de divorcer à cause d’une sombre histoire dont on ignore tout). Elle est étrange et semble cacher beaucoup de choses aux enquêteurs.
Enfin, nous avons Tom Douglas, l’inspecteur venant tout juste d’arriver à Londres après un divorce difficile. C’est un homme qui m’a beaucoup plu, de par sa gentillesse, son calme et sa manière douce d’appréhender les choses. Il traite chacun avec respect, ne cherche pas à pousser les gens dans leurs retranchements, mais préfère avancer avec minutie. Je dois avouer qu’il est bien loin des clichés de l’inspecteur qu’on peut avoir dans bon nombre de policiers, et ça, ça m’a parlé. C’est un homme comme vous et moi, il n’a pas de squelettes dans le placard, outre un divorce difficile. Il n’est pas alcoolo, ni fumeur, ni agressif… C’est un homme « normal » et droit. Ça m’a plu.
Autrement, il y a encore Becky (qui enquête avec Tom, mais qui est au second plan) ; Stella (la mère de Laura) ; Jessica (l’insupportable assistante de Sir Hugo) ; Alexa (la fille de Sir Hugo, qui a douze ans) et, enfin, Will (le frère de Laura, comme dit plus haut).
illusions fatales
Tous vont se retrouver au fil du livre, soit au terrifiant manoir de la famille Fletcher (qui ferait davantage maison hantée que château) ; soit dans les bureaux de Sir Hugo… Et l’enquête va évoluer entre ces deux principaux points.
À présent que le décor est posé, nous pouvons nous concentrer sur l’histoire. Le mystère sur qui était vraiment Sir Hugo se découvre grâce aux différents axes (ou visions) de ce livre.
Le premier axe est au présent, avec le récit de Tom Douglas qui enquête sur le meurtre. On y voit les différents interrogatoires qu’il mène et les difficultés auxquelles il fait face (il faut avouer que personne ne lui facilite la tâche dans cette maison. Tous y vont de leurs petits secrets et cachotteries). Cet aspect était intéressant car centré sur le présent et nous permettait de mieux sentir l’atmosphère pesante du manoir, la gêne qui y flotte, les secrets qui se camouflent dans chaque recoin sombre… Et cela permet aussi de donner du rythme au récit.
Ensuite, il y a une vision un peu plus éparse dans le roman, en italique. On comprend qu’elle appartient à un être en danger, mais je ne vous en dévoilerai pas davantage. C’est une partie qui est utile pour augmenter un peu la peur et la pression de cet ouvrage.
Enfin, il y a les lettres, celle que Laura Fletcher a écrite pour son amie Imogen durant les dix dernières années et qui nous font ainsi plonger dans le passé de la jeune femme. C’est l’axe que j’ai préféré car il dépeint toute l’emprise que Sir Hugo avait sur elle et dévoile la terrifiante manipulation dont elle était victime, durant toutes ces années. Cela commence en douceur : on est, nous aussi, un peu sous le charme du beau et puissant Sir Hugo, homme blessé mais fou amoureux, qui ne cherche « qu’à faire le bonheur de Laura », puis on comprend la terrifiante réalité et là, comme pour l’héroïne, c’est une lente descente aux Enfers qui débute. Les secrets s’y dévoilent peu à peu et l’horreur se découvre.
Ce livre, après un début un peu lent peut-être, m’a subjuguée et je n’ai pu refermer le livre avant de l’avoir fini une fois que la phase d’introduction était passée et que nous étions entrés dans le vif du sujet.
J’ai trouvé la plume de Rachel Abbott particulièrement fine et complexe. Elle a su écrire un roman particulièrement complexe sur la manipulation mentale dont sont victimes des milliers de femmes dans le monde, et je dois avouer qu’elle l’a fait avec brio. Un livre que je recommande, qui vous plongera dans une atmosphère étrange, sombre, sans jamais tomber dans le gore ou l’horreur.
En résumé : un excellent roman !

Illusions fatales, Rachel Abbott. Belfond, novembre 2014. Traduit par Maud Ortalda.

Par Emilie M.

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