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J’y étais : La belle au bois dormant au Théâtre National de Chaillot

La belle au bois dormant

On connaît tous nos classiques : une belle enfant à laquelle une sorcière frustrée jette un sort mortel. La malédiction est adoucie par une fée et voilà la belle endormie pour cent ans, avec pour seul espoir qu’un prince charmant la délivre du sortilège. Quand le conte de Perrault est revisité en ballet par Béatrice Massin, spécialiste de danse et de musique baroque, le conte se lit d’une toute autre façon.

Lully, Mozart, un trio de danseurs, un unique coffre noir pour décor, une mise en scène s’appuyant sur la lumière, les sons et les costumes… La matière est merveilleusement utilisée : soie et taffetas, la fluidité et le tombé des textiles se font danseurs. Les têtes et les capes s’inclinent devant la fraîcheur et la gaîté de l’enfant. Beaucoup de retenue chez les adultes, le père et la nourrice gardent des visages graves, empesantis par le pressentiment du drame à venir.

La nuit tombe sur scène. La sorcière apparaît dans une tenue entre camouflage et vêture de crapaud, elle rôde autour de l’enfant. La lumière dessine un paysage de barbelés, des crissements métalliques tapissent le fond sonore. L’angoisse, monte, l’ennemi est invisible pour l’enfant, mais son corps sent la menace. Le spectateur retient son souffle. Magnifique déploiement du corps de la sorcière, qui tente de saisir l’enfant. De cette forme encapuchonnée qui poursuit la jeune fille, ne se dévoile qu’un profil aquilin. Parfois, des doigts émergent, noueux prêts à happer cheville ou bras.

Saisie, l’enfant tombe lourdement. Et plonge dans un long sommeil.

Ce qui aurait pu n’être qu’une fantaisie mode menuet se transforme alors : la nourrice se réveille la première dans un tintamarre de monde moderne. Un jeune Pierrot le fou tout droit échappé de Godard découvre la jeune fille endormie.Comme les spectateurs, il connaît le conte et sait qu’il doit embrasser la princesse. Mais la nourrice veille, garante du monde ancien et de l’enfance révolue. Elle doit faire face à une jeune fille espiègle, attirée par ce monde inconnu. Et pleine du désir de devenir adulte et femme.

Métaphore de l’adolescence et éveil à l’amour, cette Belle au bois dormant entraîne et surprend, avec grâce et humour. On en sort un peu étourdi par ce voyage dans le temps et conquis par l’énergie joyeuse de la compagnie Fêtes galantes.

La Belle au bois dormant, une chorégraphie de Béatrice Massin, du 26 décembre 2014 au 16 janvier 2015, au Théâtre National de Chaillot. À partir de 7 ans

www.théâtre-chaillot.fr
01 53 65 30 00

Par Isabelle

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