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Hungry Hearts, inclassable !

Ça commence comme une comédie romantique, par une rencontre – en l’occurrence plus comique que romantique – entre un Américain et un Italienne, à New York. Jude (Adam Driver) et Mina (Alba Rohrwacher) tombent instantanément amoureux, et sans que ce soit vraiment prévu, Mina est enceinte. Le couple se marie, ils sont heureux, tout va bien.

Mais au fil de la grossesse, Jude voit le comportement de sa femme évoluer : convaincue que son bébé est spécial et que le monde extérieur est dangereux pour lui, Mina se nourrit de moins en moins, refuse de consulter des médecins et, lorsque l’enfant est là, elle fait tout pour que rien – absolument rien – ne puisse l’affecter. Jude assiste, impuissant, au développement cette paranoïa maternelle qui met en péril la vie de son fils.

Ne croyez pas Allociné ou Wikipédia ou le programme de votre cinéma de quartier, qui classent ce film dans la catégorie «Drame» : ce film n’a pas de genre. S’il fallait en choisir un, d’accord, plutôt drame, mais pourquoi n’en choisir qu’un ? Saverio Costanzo prend au contraire le parti d’adapter le genre aux besoins de l’histoire : Hungry Hearts commence donc comme une comédie romantique, car Jude et Mina sont heureux et amoureux, puis leur vie tourne au cauchemar. Mina perd contact avec la réalité, Jude ne la reconnaît plus, le film adopte alors une esthétique d’épouvante/horreur avec des effets de caméra déformants (fisheye, filtres verdâtres, plans en plongée, la totale). Peu à peu, Jude tente ensuite de reprendre le contrôle de la situation, on revient ainsi vers une mise en scène plus réaliste et des codes empruntés au thriller et au drame.

Grâce à ce jeu sur les genres, c’est la réalité telle que la perçoit Jude qui est présentée aux spectateurs : d’abord la rencontre, le rire, les papillons dans le ventre (pas vraiment des papillons, vous comprendrez…), puis l’angoisse face à la transformation de Mina (je n’irai pas jusqu’à parler de zombie mais une mutation a bien eu lieu), et enfin la nécessité d’agir, le compte à rebours lorsque ça devient urgent, mais comment s’y prendre ? que faire ? Le spectateur prend conscience en même temps que Jude de la gravité de la situation, et de son dilemme en tant que père et mari, la panique nous gagne comme elle le gagne lui.

 Hungry hearts 2

Par ailleurs, il faut noter que le casting est très réussi, et heureusement car tout repose sur ces deux personnages (plus un troisième, la mère de Jude). Alba Rohrwacher est parfaite pour rendre l’étrangeté de son personnage : elle a un air à la fois doux, innocent, fragile, mais aussi un peu inquiétant, ambigu, pas très expressif, plutôt mélancolique… Adam Driver, quant à lui, a un jeu très naturel qui le rend facilement touchant, une spontanéité qui lui permet d’incarner sans artifice un Jude désemparé face à une situation cauchemardesque. Tous deux ont obtenu un Prix d’interprétation mérité à la Mostra de Venise.

Que ce soit donc pour sa réalisation ingénieuse, son histoire prenante ou ses acteurs remarquables, c’est un film que je vous recommande, dont vous sortirez sans doute un peu perturbés, remués de l’intérieur, mais n’est-ce pas le propre des bons films?

Hungry Hearts, de Saverio Costanzo. 1h49. En salles le 25 février.

Par Lisa

A propos Lisa Roche (13 Articles)
Passionnée de littérature et de cinéma, Lisa travaille dans l'édition.

5 Commentaires le Hungry Hearts, inclassable !

  1. Félicitations pour cet excellent commentaire qui donne envie d’aller voir le film. J’irai sûrement le voir quand il passera dans mon quartier à moins que je n’aille au forum.
    Café Powell est vraiment intéressant sur de nombreux sujets.Et je ne suis pas la seule à l’apprécier.

  2. Isabelle de Guinzan // mars 14, 2015 á 9:31 // Répondre

    J’ai vu le film cette semaine grâce aux places gagnées lors du concours ! J’ai beaucoup aimé la façon dont le sujet était traité, sans anti-ci ou pro-cela. Un duo d’acteurs parfaits aussi, je suis bien d’accord. On s’enfonce petit à petit dans une ambiance de plus en plus pesante à mesure que Mina s’enfonce elle dans sa folie. Son personnage reste pourtant jusqu’au bout touchant. Un film vraiment intéressant, visuellement également. Mais pas forcément à voir quand on envisage d’être parent prochainement ^^ Par contre je n’ai pas vraiment été séduite par la fin, elle m’a dérangée par rapport au reste du film, j’ai trouvé qu’on n’ « y croyait pas »…

  3. Bonjour, merci pour les places suite au concours. J’ai été voir le film avec ma copine. C’est vraiment un film pas commun. Difficile à regarder tant le sujet est dérangeant. Les acteurs sont très bons mais on devine la fin assez rapidement malheureusement. Une « expérience » toutefois intéressante

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