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La Fabrique de doute : polar pharmaceutique !

Au Diable Vauvert, La Fabrique de doute, Paolo Bacigalupi,

Paolo Bacigalupi a écrit de nombreux textes de fantasy et de science-fiction, souvent sélectionnés pour les prestigieux prix Nebula et Hugo, qu’il a d’ailleurs remportés respectivement en 2010 et 2009 avec La Fille automate. Nous avions particulièrement apprécié son recueil de nouvelles La Fille-flûte et son roman jeunesse Zombie Ball. Avec son dernier roman, La Fabrique de doute, l’auteur s’attaque au polar.

La Fabrique de doute, c’est la boîte du père d’Alix, chargée de payer suffisamment de personnes pour mettre en doute les analyses publiques dénonçant les effets néfastes de certains produits. Mais ça, Alix l’ignore. Lycéenne, elle vit tranquillement, assure sa scolarité dans sa prestigieuse école, rentre sagement le soir dans sa famille parfaite (malgré les quelques écarts de conduite de Jonas, son jeune frère). Alix a un avenir radieux devant elle. Jusqu’au jour où un collectif d’adolescents qui se fait appeler 2.0 organise un gigantesque canular au lycée qui mobilise forces armées, services vétérinaires et… FBI, lorsqu’il s’avère que l’un des membres de 2.0 a directement mis en cause le père d’Alix (en le susurrant à une Alix subjuguée) et que Jonas, le jeune frère, pourrait avoir été victime d’un enlèvement.
Or, Alix ne croit pas un seul instant à ce qu’a raconté Moïse, le jeune homme, qu’elle recroise à de nombreuses reprises. Son père n’est pas le pourri qu’il lui décrit. Elle refuse donc de coopérer avec 2.0, se débat lorsqu’on l’enlève, ruine leurs plans et prévient qui de droit.

Mais voilà. Alix doute. Et si Moïse avait raison ? Et si son père, tout gentil qu’il a l’air, faisait partie du mauvais bord ? La jeune fille se met alors à chercher. Et elle trouve beaucoup de choses. Des rapports, des statistiques mais aussi certaines absences dans les informations qu’elle dégotte. Au bas de la plupart de ces rapports, le nom de l’entreprise que dirige son père…

La Fabrique de doute est un excellent thriller ! Le rythme y est tout bonnement excellent : Paolo Bacigalupi nous trimbale d’indices en preuves avec une aisance consommée. Mieux ! Il choisit un personnage sceptique. Alix, en bonne enfant aimante et contrairement aux héroïnes habituelles de ce type de récit (surtout dans la tranche d’âge young-adult !), ne fonce pas tête baissée dans la cause. Au contraire, elle s’en ouvre à son père et cherche à comprendre comment et pourquoi on accuse son géniteur. Voilà une posture réaliste, mais néanmoins originale dans ce genre de romans !
Mais lorsque le doute s’installe, c’est une nouvelle dynamique qui se met en place. Là encore, le récit est extrêmement prenant, car les personnages sont constamment sous tension, en train de chercher comment contourner les problèmes : 2.0 dans un premier temps, la Fabrique dans un second.

Les personnages, de leur côté, sont très charismatiques et c’est aussi un des points forts du roman. Dès le début, on s’attache à Alix et son petit frère, mais aussi à sa famille – notamment à son père – malgré les lourds secrets qui semblent se cacher derrière l’opulence de la famille. Côtés rebelles, il n’est évidemment pas difficile de s’attacher à la petite bande d’orphelins cherchant à obtenir justice. Or, tous ces personnages ont des bons comme des mauvais côtés aussi est-il difficile au lecteur de trancher en faveur ou contre d’autres – même la Barbie de la Mort, la jolie mais coriace garde du corps d’Alix, peut s’avérer sympathique.

Au fil des pages, on se surprend à ressentir un désagréable frisson. En effet, les recherches de 2.0 les amènent à évoquer un sujet ô combien d’actualité : le business des marchands de doute, malheureusement bien présent dans notre monde. De plus, le thème choisi – les mensonges touchant les médicaments – a de quoi faire frémir tant il nous est familier. Comme, par ailleurs, Paolo Bacigalupi monte une intrigue extrêmement réaliste, on tient là un polar de la meilleure eau, capable de faire frémir et réfléchir le lecteur. Bonne pioche, donc !

La Fabrique de doute, Paolo Bacigalupi. Au Diable Vauvert, septembre 2015. Traduit de l’anglais par Patrick Marcel. 

A propos Oihana (423 Articles)
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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