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L’Année solitaire : l’adolescence, en vrai

ROMAN ADO — L’adolescence, quand on est adulte, a tendance à être considérée comme « la plus belle période de notre vie ». On imagine l’adolescent de base rayonnant de jeunesse et de joie de vie, prêt à croquer la vie à pleines dents. Mais quand on est englué dans la réalité de cet âge finalement plutôt ingrat, et que l’on est ado pour de bon, bien souvent, on se rend compte que ce n’est pas vrai. L’adolescence, ça n’a rien de facile, ou d’enviable. On y est souvent mal à l’aise. C’est ce qu’Alice Oseman essaie de démontrer dans L’Année solitaire. « En fait, tous, on attend que quelque chose change« .

Tori Spring est en première : c’est une jeune fille renfermée, casanière et singulièrement pessimiste, qui préfère tenir son blog plutôt que de faire la fête avec ses camarades. C’est la rentrée, juste après les vacances de Noël, et l’adolescente se rend compte qu’elle n’a plus rien en commun avec sa meilleure amie, Becky, désormais passionnée par les soirées, l’alcool et les garçons. Maussade, Tori demeure en retrait, portant un regard acerbe et caustique sur ses camarades.

Mais ce jour-là, tout change, car elle fait trois rencontres qui vont changé sa vie. Tout d’abord, son meilleur ami d’enfance, Lucas, intègre son lycée. Puis, elle fait connaissance avec Michael Holden, l’excentrique de service. Enfin, elle découvre l’existence de Solitaire. Solitaire s’avère assez rapidement être un collectif de hackers, qui font tourner en bourrique l’équipe enseignante du lycée en piratant les hauts-parleurs, les ordinateurs et les projecteurs de l’établissement, et en faisant mille et une petites blagues de moins en moins anodines. Leur slogan ? « La patience tue ». Or, comme le dit Tori : « on attend tous que quelque chose change« .

Le lecteur passe donc un mois avec Tori, dans cette ambiance de plus en plus pesante, où Solitaire prend de plus en plus d’importance dans la vie des lycéens. Nous faisons connaissance avec une jeune fille visiblement en pleine dépression adolescente et découvrons son évolution aux côtés de Michael Holden (L’Attrape-cœur, et son héros, Holden Caulfield a visiblement influencé l’auteur, jusque dans le choix des noms !), son nouvel ami . C’est d’ailleurs une très belle histoire d’amitié que nous livre Alice Oseman. Celle-ci a écrit L’Année solitaire à seulement dix-huit ans, et ça se sent, au sens où son roman parle énormément à l’adolescente que j’ai été. Elle parle de cette période avec la justesse de quelqu’un qui est passée par là il y a très peu de temps.

Elle brasse énormément de sujets importants au fil de l’histoire : la dépression, la pression sociale ressentie au lycée incarnée par Becky, les troubles alimentaires et suicidaires à travers le personnage de Charlie, le frère de Tori… Il y a quelque chose de très touchant dans les aspirations et les indignations de ce petit groupe. A la lecture de L’Année solitaire, on se sent jeune de nouveau : on se sent transporté à l’époque où tout était certes possible, mais où l’horizon nous semblait si bouché. Alice Oseman met des mots sur le malaise adolescent comme aucun autre auteur que j’ai découvert jusqu’à présent, mais réussit à y insuffler un message d’espoir : si vous vous pensez solitaire, sachez qu’au fond, vous n’êtes pas seul. Et c’est le principal.

L’Année solitaire, Alice Oseman. Nathan, 2015. Traduit de l’anglais par Anne Delcourt.

A propos Emily Costecalde (598 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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