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Séries TV : le bouleversement des genres

Orange is the new black

Les séries télé sont définies par des genres, en général, très codifiés. On a l’habitude de retrouver certains clichés comme le flic torturé, le bad boy, le héros infaillible ou encore la femme excentrique. Cependant, certaines séries récentes bouleversent les codes et les réinventent. En voici une sélection.

  1. La prison dans tous ses états : Orange is the new black

Avant, les prisons étaient peuplées de gros durs tatoués, de terrifiants criminels, de délinquants repentis et d’innocents faussement accusés. Il y a une dizaine d’années, Prison Break semblait innover en nous montrant la vie carcérale de l’intérieur. Pourtant, les clichés précités se retrouvaient immanquablement dans l’histoire.

En 2013, Orange is the new black, la série événement de Netflix, avait fait une arrivée fracassante sur les petits écrans américains. En effet, une prison peuplée de femmes ayant, pour la plupart, commis des crimes non-violents, détonne complètement avec l’imagerie classique du genre et c’est une réussite. Les deux premières saisons sont passionnantes, la troisième peut-être un peu moins.

Le personnage principal, Piper, se retrouve emprisonné pour une affaire de trafic de drogue datant de dix ans auparavant lorsque sa petite amie de l’époque, Alex, l’avait convaincue de lui prêter main forte une seule fois en transportant des substances illicites d’un pays à l’autre. Au début de la série, Piper et Alex sont depuis longtemps séparées et l’héroïne principale est fiancée à Larry, un jeune écrivain new-yorkais. Quand son passé la rattrape, Piper est emportée dans la spirale de la vie carcérale, où elle retrouve Alex, et sa vie change du tout au tout.

Bien que Piper soit la protagoniste, c’est la palette de femmes avec qui elle cohabite qui fait la beauté de la série. Les personnalités sont hautes en couleurs et extrêmement diverses. Le spectateur s’attache rapidement à l’une ou l’autre de ces prisonnières au destin parfois tragique mais toujours comique. Il y a la russe, effrayante, flamboyante, qui a constamment un coup d’avance ; la jeune afro-américaine au look de garçon manqué dont l’histoire pré-prison est des plus touchantes et dont le punch et le sourire éclatant vous conquièrent au premier coup d’œil ; le clan des latinas est inoubliable par ses personnages expressifs, passant de l’espagnol à l’anglais au milieu d’une phrase ; il ne faut pas oublier l’étonnante prisonnière atteinte d’un cancer en phase terminale qui a pourtant vécu à mille à l’heure avant l’incarcération ; et, last but not least, il y a l’incroyable, décalée, bizarre, un peu (beaucoup) allumée, l’extraordinaire femme surnommée Crazy Eyes !

De nombreux autres personnages jalonne la vie du pénitencier et le spectateur ne s’ennuie jamais, entre les histoires de prison et les flash-back sur la vie d’avant de chacune de ces femmes.

  1. Ça geek à Silicon Valley

Depuis bientôt 10 ans, les geeks à la télé, c’était les scientifiques de Big Bang Theory. Depuis 2014 et la première saison de Silicon Valley, HBO a fait mieux. Cette série retrace le parcours d’une bande d’informaticiens/développeurs/bouffeurs de code (excusez les erreurs de terminologie, votre auteure apprécie cette sitcom en pure dilettante) s’échinant à faire décoller leur programme de compression de données « Pied Piper ».

Le scénario se base donc sur l’invention, le développement et le marketing d’un logiciel révolutionnaire de compressions de données. Dit comme ça, il n’y a rien de bien folichon. Pourtant, cette série est une merveille d’humour décalé et de cynisme à ne pas manquer. Les auteurs nous font découvrir la face cachée du monde de requins qu’est la Silicon Valley. De coups bas en trahisons, de grands espoirs en désillusions, Richard et sa bande en voient de toutes les couleurs. Mais, ce qui rend cette série si agréable, ce sont les personnages. Chacun est un geek à sa manière et les répliques cinglantes résonnent à chaque épisode. Un petit tour d’horizon de ces personnalités hors du commun :

Richard , le geek classique devenu CEO 

Anxieux, introverti, mal à l’aise en société et possédant un physique « particulier », Richard est le geek par excellence. Son idée révolutionnaire vaut des millions mais il est à la merci de ses impitoyables et très riches concurrents, qui essaient par tous les moyens de couler sa petite entreprise installée dans le salon et le garage d’une maison de banlieue. Richard est extrêmement maladroit et son honnêteté lui cause de nombreux ennuis.

« Je fais des cauchemars dans lesquels j’ai oublié de sauvegarder mes fichiers »

Jared , le geek du marketing 

Jared est un personnage étrange, très doué dans la gestion d’entreprise et du marketing. D’une gentillesse sans limite, il encaisse les railleries de ses collègues sans broncher et est très conscient de ses qualités et défauts.

« Mon oncle avait l’habitude de me dire : tu as l’air d’une vierge morte de faim »

Dinesh, le geek de l’étranger

Il faut toujours un asiatique, un indien ou un pakistanais dans une histoire de geeks. Le cliché se confirme avec Dinesh, originaire du Pakistan. Dinesh est codeur et s’exprime avec un degré de cynisme élevé, n’hésitant pas à ouvertement tacler ses petits camarades ou s’auto-congratuler.

«  Tu sais comment on me surnommait quand j’étais gamin ? Le Denzel pakistanais »

Gilfoyle, le geek misanthrope

Pour ne pas y aller par quatre chemins, Gilfoyle est un type glauque. Il ne sourit jamais et est carrément antisocial. Très doué en codage, il prétend être la raison du succès de Pied Piper. Ses échanges cinglants avec Dinesh sont l’une des causes principales de nombreux éclats de rire pour le spectateur.

« Chaque jour, c’est comme si j’étais mort et parti en enfer ».

Erlich, l’entrepreneur imbu de lui-même

Sans Erlich, Silicon Valley perdrait une bonne partie de son charme. Erlich a une coupe de cheveux inexistante, est en surpoids et se repose sur les lauriers de la réussite de son entreprise « Aviato ». Pourtant, dans sa maison qu’il a transformée en « incubateur » (comprenez par là qu’il loue des chambres à des geeks travaillant sur des applications ou programmes de leur création, s’octroyant ainsi une place avantageuse dans le cas où un succès résulterait de l’une de ces idées) il déambule tel un irrésistible aimant à femmes et entrepreneur de génie. Evidemment, il prend une position importante dans le développement de Pied Piper et sa personnalité hors norme offre au spectateur des moments d’anthologie. Une petite recherche « Google » ou « Youtube » vous fera découvrir ces perles, dont nous nous abstiendrons, au cas où des âmes sensibles passeraient par-là !

« Vos muffins sentent la merde. Vos idées aussi. »

  1. Chicago PD, des flics à la peau dure

A Chicago, il y a des gratte-ciels, du vent, beaucoup de vent, des hivers glacials, des étés torrides et un lac assez grand pour provoquer des tempêtes coulant des bateaux. Chicago est une ville des extrêmes et les flics de « Chicago PD » ne déteignent pas dans le paysage.

Emmené par le sergent Hank Voight, le service des renseignements criminels du 21ème district a des méthodes bien à lui. Nous sommes loin de la précision scientifique des Experts, de la droiture militaire de NCIS ou de l’importance du respect des règles et des enjeux politiques de Blue Bloods. En effet, Hank Voight et son équipe n’ont peur ni des interrogatoires musclés, ni des stratégies à haut risque afin de coffrer les plus grands criminels de Chicago. Encore une fois, la profondeur et les personnalités si contrastées des protagonistes donnent à la série son côté innovant.

Le sergent Voight a un passé pas très clair. Dans les premiers épisodes, on apprend qu’il a été condamné à la prison pour corruption et on se demande s’il baigne toujours dans le milieu. Pourtant, on ne peut que s’attacher à ce sergent brut de décoffrage, passionné et dévoué à la protection de sa ville. Son lien particulier avec la jeune détective Erin Lindsay est également tout de suite mis en avant. Il la considère comme sa fille, l’ayant sauvée d’un quotidien gâché dans les rues alors qu’elle était adolescente.

Erin Lindsay est interprétée par Sophia Bush, Brooke dans Les Frères Scott. Sophia Bush enfile cette fois un costume bien différent de la pétillante et aguicheuse designer qui l’a rendue célèbre. Son talent crève l’écran et n’étonne pas, tant elle avait réussi avec brio à donner à Brooke, pourtant partie pour n’être pas grand-chose de plus qu’une pom-pom girl, une aura au-dessus du lot dans cette série pour ados. Erin est une femme de caractère, intelligente, qui se donne corps et âme à son métier. Elle a connu des heures noires et retraverse parfois des bouts de chemin pas très lumineux durant les trois saisons et demie déjà diffusées. C’est cette réalité brute, si commune à Chicago PD, qui fait d’elle une fantastique héroïne.

Dans le rayon des vieux briscards, il y a Alvin Olinsky, partenaire de longue date de Voight, avec qui il partage méthodes et points de vue par toujours très légaux. Ils ont d’ailleurs un grand secret concernant le tueur d’un policier 20 ans auparavant. Alvin, surnommé Al, est un homme introverti, discret, expérimenté dans le travail sous couverture et bourrés de regrets. Sa vie privée est loin d’être un long fleuve tranquille, le rendant sans aucun doute attachant aux yeux de tous les quinquas séparés ou divorcés. Son rôle de père est également mis en avant à de nombreuses reprises, le rendant extrêmement humain et, sous ses airs d’ours mal léché, parfois vulnérable.

Il y a également la clique des personnages masculins. Antonio Dawson, numéro deux de Hank Voight, est un détective fort intéressant dont la famille échoue souvent au cœur des enquêtes. Antonio est clairement l’élément le plus stable de toute l’équipe du 21e district. Il a la tête froide et est capable de plus de recul que Voigth lorsqu’il se trouve face à un suspect peu coopératif. Jay Halstead, jeune détective et ancien militaire déployé en Iraq est, avec sa belle gueule, évidemment proche d’Erin Lindsay. Leur relation hésitante n’est pourtant jamais à l’eau de rose grâce à l’ambiance de cette série qui n’a rien à voir avec une comédie romantique ! Il faut également citer Adam Ruzek, un détective fraîchement sorti de l’académie de police et dont la fougue irréfléchie fait parfois des vagues. Cependant, ce personnage manque encore de profondeur à notre gout. Il se trouve d’ailleurs très rapidement des affinités avec l’officier en uniforme Kim Burgess qui elle aussi, pourrait bénéficier d’un peu plus de nuances !

Parmi les « uniformes », citons pour terminer Kevin Atwater, ancien co-équipier de Burgess, cantonné à un second rôle, l’officier Sean Roman, apparaissant plus tard dans la série mais qui est très prometteur et l’extraordinaire Sergent Trudy Platt, dont le cynisme et la répartie donnent à Chicago PD un élément humoristique très apprécié.

Alors, par qui vous êtes-vous laissés séduire ? La prison, la Silicon Valley ou les rues de Chicago ?

Par Audrey Moulin

1 Commentaire le Séries TV : le bouleversement des genres

  1. Les rues de Chicago m’ont séduite 😉 Mais les autres pourraient le faire aussi.

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