C'est tout chaud !

La Petite Sauvage, un grand roman historique !

La Petite Sauvage, Jean Zimmerman, 10/18

POLAR HISTORIQUE — Que s’est-il passé le 19 mai 1876, dans une demeure huppée de Manhattan ? Qui a tué Bev Willets, et l’a mutilé atrocement ? Le roman La Petite Sauvage retrace les événements qui ont mené à ce meurtre sanglant : tout commence à l’été 1875, dans le Far West…

Virginia City, Nevada. Dans cette ville minière de l’ouest du pays, Hugo Delegate, jeune homme capricieux et de santé fragile, accompagne ses parents Freddy et Anna Maria, venus veiller sur leurs investissements. Issu d’une des familles les plus riches et influentes de Manhattan, Hugo est un jeune oisif habitué à une vie de luxe, et à ce qu’on dise amen à ses moindres desiderata. Ses parents sont deux originaux qui s’entichent de la moindre excentricité qui croise leur chemin. D’ailleurs, dans leur voyage, ils sont accompagnés par leur dernier caprice en date : une servante chinoise davantage considérée comme un membre de la famille que comme une employée et un travesti zuñi. A Virginia City, cependant, les Delegate vont trouver un nouveau jouet, en la personne d’une enfant sauvage, découverte dans un freak show. Quel défi plus passionnant, aux yeux des parents Delegate, qui d’arriver à civiliser une enfant qui a grandi avec les loups ! L’objectif ? Parvenir à la présenter à la bonne société new-yorkaise lors du traditionnel bal des débutantes.

La petite sauvage fait rapidement d’immenses progrès aux côtés des Delegate : ses années à Virginia City, comme héroïne du freak show, lui ont semble-t-il permis d’apprendre l’anglais… En tout cas, elle le maîtrise très rapidement (trop ?). Hugo porte sur sa nouvelle sœur un regard ambivalent, teinté de jalousie (il n’est plus le centre de l’attention !) et de désir (car la petite sauvage est très belle). Mais au-delà de cela, elle lui fait un peu peur… car depuis Virginia City, des meurtres d’une extrême violence surgissent sur leur parcours. Le coupable est-il la petite sauvage… ou Hugo lui-même, qui souffre d’absences étranges et se retrouve toujours dans les parages de ces assassinats ?

Moins un polar qu’un roman historique de haut vol, La Petite Sauvage nous transporte dans l’Amérique de 1875 : aux côtés des personnages, le lecteur parcourt les salles de bal des plus beaux hôtels particuliers new-yorkais, découvre la vie de pionnier dans l’ouest à Virginia City, traverse le pays à bord du Sandobar, le train personnel des Delegate. Jean Zimmerman nous montre l’Amérique des nantis telle qu’elle l’était dix ans après la guerre de Sécession : un Manhattan dont l’immeuble le plus haut n’excède pas six ou sept étages, arpenté par des dames en crinoline des messieurs en haut de forme, qui se déplacent en attelage… Chez les heureux du monde, nous observons les us et coutumes de la bonne société et leur hiérarchie sociale très codifiée. Vous saurez tout de la manière dont une jeune fille fait ses débuts dans le monde, des cours de danse au fameux bal des débutantes, en passant par les visites aux gens qui comptent… on dirait une campagne politique ! Jean Zimmerman joue avec l’Histoire : on croise ainsi un Teddy Roosevelt jeune homme, qu’Hugo n’aime pas, bien loin de se douter de l’avenir présidentiel de son camarade, on croise une statue de la liberté incomplète ou encore on arpente les allées de l’exposition universelle de Philadelphie… C’est absolument passionnant à découvrir !

Alors que les Delegate père et mère préparent leur pouliche pour l’événement social de la saison, Hugo, lui, se pose des questions sur ces meurtres qui ont ensanglanté leur traversée du continent. Il sait par ailleurs que si un scandale venait à éclabousser sa nouvelle sœur, il rejaillirait sur la famille toute entière, la mettant au ban de la société. Le mode de vie tout entier des Delegate pourrait en souffrir ! Pour l’enfant gâté qu’est Hugo, la perspective d’être la risée de Manhattan est terrible. Et il ne peut imaginer sa chère petite sauvage en prison. Il en est en effet tombé amoureux !

Bien sûr, pendant ce temps, le lecteur hésite : le meurtrier est-il la petite sauvage ou Hugo, au passif psychologique trouble ? Le suspense sera maintenu jusqu’aux dernières pages.

La Petite Sauvage est donc un roman très réussi, délicieusement dense, qui nous transporte dans une époque déjà délicieusement lointaine, mais admirablement rendue. Bien qu’Hugo soit un personnage plutôt exécrable, il fait un narrateur tout à fait efficace… Bonne pioche, donc, avec La Petite Sauvage !

La Petite Sauvage, Jean Zimmerman. 10/18, 2015. Traduit de l’anglais par Elisabeth Kern.

A propos Emily Costecalde (599 Articles)
<p>Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.</p>
Contact :Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*