C'est tout chaud !

La Guerre des mercredis, une vie de collégien américain en 1967 !

ROMAN ADO — Vous souvenez-vous de vos années collège ? Rappelez-vous : à l’époque, il était facile de s’imaginer la cible de la persécution d’un prof. Un regard de travers, une mauvaise note que l’on estime injustifiée… il suffit d’un rien et la machine à paranoïa s’emballe. C’est ainsi que débute La Guerre des mercredis, une petite perle parue en début d’année à l’École des loisirs.

Holling Hoodhood est élève de cinquième au collège Camillo, à Long Island. Tous les mercredis, la moitié des élèves de sa classe s’en va à la synagogue, et l’autre moitié au catéchisme. N’étant ni juif, ni catholique, Holling reste au collège, sous la surveillance de Mme Baker, jeune prof d’anglais. Unique élève assistant à son cours du mercredi après-midi, Holling passe ce temps en tête à tête avec Mme Baker à dépoussiérer les effaceurs, à nettoyer les fenêtres et à décrasser les vestiaires. Pour l’adolescent, il n’y a pas de doute possible : Mme Baker le déteste de l’obliger à rester au collège le mercredi après-midi !

Mais, rapidement, Mme Baker se met en tête de faire étudier à son jeune élève récalcitrant l’oeuvre du Barde, William Shakespeare lui-même !  Une révélation pour Holling, qui découvre que Shakespeare, bien loin d’être ennuyeux, a une vision du monde qui a su traverser les âges. Qui sait, Mme Baker n’est peut-être pas si méchante ?

Peut-être, au fond, n’est-elle qu’une enseignante exigeante et passionnée, profondément éprise de littérature, et extrêmement inquiète car son mari vient de partir pour le Vietnam ? Car nous sommes en 1967 et le Vietnam est sur toutes les lèvres. La guerre fait partie intégrante de la vie quotidienne, par le biais des flashs info qu’écoute le père d’Holling, des télégrammes annonciateurs de désastre qui arrivent au collège, ou par la présence de Mai Thi, une petite réfugiée, dans la classe d’Holling. Gary D. Schmidt entremêle avec talent la petite histoire d’Holling (ses humiliations bon enfant, ses quelques actes de bravoure, ses rêves, ses bêtises) avec la grande Histoire : en filigrane se déroulent des événements célèbres de l’histoire américaine comme l’assassinat de Martin Luther King ou de Robert Kennedy, les déroutes américaines au Vietnam et l’élection présidentielle qui se met en branle.

Malgré ce contexte tendu, dans un collège où, par crainte d’une attaque nucléaire soviétique, les élèves apprennent à se mettre à l’abri sous leurs pupitres, La Guerre des mercredis est un roman éminemment optimiste. Holling le découvre : les miracles peuvent exister, même s’ils restent, par définition rares. Narrateur d’une justesse et d’une candeur touchantes, Holling est un chouette gosse, plein de bonne volonté, désireux de bien faire. Même l’égoïsme de son père, qui préfère regarder l’émission de Noël de Bing Crosby à la télévision plutôt que d’aller applaudir son fils sur scène, et le manque d’engagement de sa mère, qui fait tout comme son mari, Holling ose rêver et, sous l’égide de Mme Baker, grandir. Car Mme Baker est un enseignant comme on aimerait tous en avoir connu un jour : bien que terriblement exigeante et sévère, elle est éminemment bienveillante, croit en chacun de ses élèves et n’hésite pas à outrepasser sa fonction pour aider les enfants dont elle a la charge. De la marâtre difficile des débuts, Mme Baker se mue progressivement en une figure humaine, un de ces professeurs qui peut marquer la vie d’un élève.

Cette année vécue aux côté d’Holling est extrêmement touchante, faisant de ce roman un véritable « feel good novel », comme disent nos amis américains. Gary D. Schmidt a su parfaitement saisir l’ambiance si particulièrement d’une époque, celle du Vietnam, du « Flower Power » et des droits civiques. Un vrai bon roman, à mettre entre toutes les mains !

La Guerre des mercredis, Gary D. Schmidt. L’École des loisirs, 2016. Traduit de l’anglais par Caroline Guillemot.

A propos Emily Costecalde (588 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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