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Galilée, une expérience littéraire en soi !

FRESQUE FAMILIALE — Vaste fresque familiale hantée et fantastique, Galilée est de ces romans qui se savourent, et que l’on fait durer. Ce n’est pas le genre de livre que l’on dévore en quelques heures de lecture : il nous aura fallu plus de vingt jour pour en venir à bout. En effet, le récit de Clive Barker est très dense et contient plusieurs histoires en une. C’est un microcosme en soi !

Au centre de l’histoire, le personnage qui a donné son nom au roman : Galilée. Personnage mythique et fascinant, à la fois terriblement humain et indéniablement divin, Galilée est le prince héritier d’une famille puissante et immortelle, les Barbarossa. En un mot comme en cent, une famille de divinités. L’un de ses demi-frères, Edmund Maddox, se languit dans la maison familiale. Cloué en fauteuil roulant, il s’ennuie terriblement depuis la guerre de Sécession. Il entreprend de rédiger l’histoire de son grand-frère, de leur famille, et de la famille Geary, dont la trajectoire est intimement liée à celle des Barbarossa.

Cette famille Geary possède le charisme des Kennedy et l’argent des Rockefeller : si l’Amérique avait une famille royale, ce serait les Geary. Puissants, riches à millions, les Geary sont les ennemis jurés des Barbarossa. Que se passe-t-il, donc, quand la nouvelle épouse de l’héritier Geary tombe sous le charme du ténébreux Galilée et que tous deux entament une relation torride et sulfureuse, résolument interdite ?

Entremêlant l’histoire de Rachel Geary et de Galilée aux récits familiaux des Geary et des Barbarossa, y intégrant des éléments de son quotidien dans la demeure familiale et fantasmagorique des Barbarossa, Edmund Maddox Barbarossa entreprend d’accoucher de l’oeuvre de sa vie : le roman que nous tenons entre nos mains.

Galilée, Clive Barker, Bragelonne

Galilée est un roman bien inégal : s’il nous fascine des pages durant lorsque l’on nous décrit les destinées de ces deux familles, il nous lasse parfois terriblement quand ce sont les aventures du quotidien des Barbarossa qui nous sont contées. Ces longueurs pourraient nous détourner du roman, mais nous aurions eu tort de ne pas persister dans cette lecture : au final, nous sortons ravis de cette découverte, pour la mythologie mise en place par Clive Barker, ses descriptions efficaces, et ses portraits passionnants. En cela, on dirait Anne Rice au meilleur de sa forme : le couple Barbarossa n’est pas sans rappeler un autre couple de légende, celui d’Akasha et d’Enkil et l’histoire mythique et lointaine des Barbarossa rappelle d’une certaine façon la maîtrise avec laquelle Anne Rice a construit la genèse de ses vampires. La précision des descriptions de Clive Barker est à son apogée lorsqu’il décrit l’île paradisiaque où les femmes Geary possèdent une maison : la luxuriance de la végétation, le calme presque enchanteur de l’île, et la touffeur tropicale des lieux sont si bien rendus qu’on s’y croirait.

Enfin, les personnages sont construits avec talent : ils sont nombreux, mais contrairement à certains romans d’une ampleur similaire, il est impossible de s’y perdre tant la personnalité des uns et des autres est décrites avec brio. Si le narrateur, Edmund Maddox, n’est pas particulièrement attachant, et devient vite plutôt lassant, certaines figures romanesques émergent du récit et marquent le lecteur, comme Galilée, bien sûr, mais également sa promise, Rachel, ou Cesaria, dont la vie mériterait bien un roman à elle toute seule.

Galilée, c’est une vraie expérience de lecture à lui tout seul : ce roman est étonnant de A  à Z, dense, touffu, délicieusement complexe. Un grand roman !

Galilée, Clive Barker. Bragelonne, 2016. Traduit de l’anglais par Jean Esch.

A propos Emily Costecalde (612 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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