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Fils du feu, poésie du deuil et éloge de la vie

Fils du feu, Guy Boley, Grasset

ROMAN — Nés sous les feux d’une forge où leur père bat le fer, ils étaient les Fils du feu, destinés à briller. Mais l’un des deux frères meurt précocement. Face à la peine, chacun invente sa parade : le père s’efface, sa femme s’enferme dans le déni. Comment grandir avec une mère qui chaque jour dresse le couvert d’un fantôme et borde chaque nuit un lit depuis longtemps désert ? Devenu adulte et peintre, le frère survivant retrouve la paix dans ses tableaux, et nous fait revivre une enfance passée dans un monde de fictions, de gestes oubliés et de joies reconquises.

Dans ce premier roman, Guy Boley traite principalement de la mort et du deuil. Son écriture poétique parvient à traduire avec justesse les sentiments de son héros mais également ceux de tous les protagonistes. On ressent littéralement la tristesse de la mère et du père en deuil, le désespoir touchant presque à la folie. Comment continuer de vivre quand on perd un être cher ? Comment dépasser son chagrin ?

Fils du feu est plus une sorte de fable poétique ou un récit d’apprentissage qu’un véritable roman. Pas de grands rebondissements ou d’intrigue particulière, seulement une plongée dans les souvenirs et la vie du narrateur à travers le deuil de son petit frère. La trame est un peu décousue et parfois difficile à suivre, d’autant plus que l’auteur use de nombreux termes érudits. La langue est parfaitement maitrisée, joliment formulée, mais l’auteur semble à plusieurs reprises étaler son savoir de façon quelque peu gratuite.

Fils du feu, Guy Boley, Grasset

Malgré tout, cette chronique familiale n’en demeure pas moins émouvante. Tout l’ouvrage dégage un doux parfum de nostalgie dans sa description de la fin d’une époque où les forges, les jours de lessive et les locomotives à charbon n’avaient pas encore cédé leur place au progrès. C’est aussi cela qui fait la force de Fils du feu, cette beauté teintée de tristesse. Les nombreuses références mythologiques laissent entendre qu’avec la fin de tous ces rites quotidiens (la lessive) et ces métiers mystérieux (le travail à la forge) ce sont les anciens dieux qui désertent notre monde. Et puis il y a le narrateur, l’enfant sensible qui se construit à travers les épreuves de la vie. De témoin, il se fait passeur, et tente de restituer, par sa peinture, la beauté de toute chose, y compris celle de la mort.

« Je sais désormais que toute ma vie durant, toute ma vie de peintre, je n’ai rien fait d’autre, absolument rien fait d’autre, artistiquement parlant, que de peindre cela : la mort de Norbert, le chagrin de papa, la folie de maman, la forge en feu, les grenouilles mortes, le dépôt, les cheminots, tout ce passé, tous ces dieux fous qui grouillaient et grouillent encore en moi ; et surtout, lumière d’entre les lumières qui dans ces amas d’ombres illumine ou éclabousse chaque toile : l’absence de Norbert ».

En conclusion, c’est un très beau premier roman, porté par une écriture alliant force, justesse et poésie. Ce n’est pas un livre à lire distraitement en attendant son train, il demande de l’attention mais il la mérite amplement.

Fils du feu, Guy Boley. Éditions Grasset, 2016. Sélection des Talents à découvrir Cultura 2016.

 

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