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The Birth of a Nation, une puissante leçon d’histoire

CINÉMA — Dès l’instant où Nate Parker a révélé le titre de son premier film, The Birth of a Nation, celui-ci a été considéré comme une œuvre au potentiel polémique énorme, plus qu’un simple film : en effet, le film traite des heures les plus sombres de l’histoire américaine et a mis longtemps à voir le jour. Nate Parker a dû travailler pendant sept longues années afin de recueillir les fonds nécessaires à cette production. Mais le résultat est là : le film a même été salué par une ovation à Sundance en janvier 2016 !

Comme base de départ, Nate Parker s’intéresse à l’histoire de Nat Turner, un prédicateur afro-américain connu pour avoir mené une insurrection d’esclaves en 1831, en Virginie. Nat Turner vivait sur une plantation de coton du vieux Sud, tenue par un couple pieux et plutôt respectueux du bien-être de leurs esclaves. Sa jeune maîtresse apprend qu’il sait lire, et lui offre une Bible. Nat Turner commence donc à lire les textes religieux, et apprend. Bien des années plus tard, notre héros tombe amoureux d’une nouvelle esclave, Merisier (incarnée par Aja Naomi King), et l’épouse. Son maître, remarquant son intérêt pour la Bible et la religion, lui confie une mission : évangéliser les esclaves des plantations voisines. Mais chemin faisant, Nat va se rendre compte des horreurs qui se passent sur les autres exploitations : il assiste ainsi à de nombreuses violences à l’égard des esclaves, ce qui va peu à peu l’indigner jusqu’au moment où il voit une femme de couleur se faire offrir à un homme blanc, et où il va décider d’agir.

C’est une grande réussite, une réalisation prodigieuse, que nous livre Nate Parker, véritable artiste, inébranlable et passionnant dans son portrait d’une Amérique noire révoltée, dont le destin, au moment du film, reste encore incertain (rappelons que la fin de la guerre de Sécession, qui marque la fin de l’esclavage aux États-Unis n’a eu lieu qu’en 1865, soit une trentaine d’années après les événements du film). Nate Parker construit à bon escient son film, à partir d’une histoire qu’il a co-écrit avec Jean Celestin, basée sur des faits réels. Nous rencontrons Nat dans son enfance, incarné par Tony Espinosa. À l’époque, Nat était très ami avec Samuel, le fils des Turner, qui, en grandissant, deviendra son maître. La mère de Samuel, Elizabeth (incarnée avec succès par Penelope Ann Miller), enseigne la lecture à Nat, surtout la Bible : surtout rien qui ne puisse mettre des idées dangereuses dans sa tête, en lui faisant miroiter une vie différente ! En tant qu’adultes, Nat et Samuel ont une relation des plus complexes. Ils partagent quelques confidences, et une certaine connivence en raison de leur enfance commune, mais rien qui ne remette en question la suprématie absolue du propriétaire sur son esclave. Nat parvient toutefois à persuader Samuel d’acheter Merisier, qui deviendra sa femme. Puis, Nat est envoyé par son maître prêcher la bonne parole aux autres esclaves. Le maître se fait ainsi un complément de revenu, et ses voisins s’assurent que les esclaves restent à leur place, et vivent dans la crainte du châtiment divin… La relation entre Nat et Samuel connaît un bouleversement quand Nat assiste à deux scènes extrêmement choquantes : il voit une femme esclave se faire offrir comme un objet au bon vouloir d’un homme, et il assiste à la punition odieuse d’un esclave en grève en faim qui se fait casser les dents afin d’être nourri de force…

Suite à ces événements, Nat va commencer à semer les graines de la rébellion. Son soulèvement, violent et sanglant, qui a conduit à la mort soixante personnes blanches, appartient à l’Histoire. Ironiquement, Nat trouve la justification de la révolte grâce à la Bible qu’il utilise lors de ses prêches dans les différentes plantations. « Je suivais le Seigneur depuis longtemps » dit Nat à son troupeau. « Je vais revenir à travers ses paroles avec de nouveaux yeux. Pour chaque verset qu’ils utilisent pour soutenir notre servitude, il y a une autre demandant notre liberté. »

Au fil du film, on voit des esclaves traités avec respect et d’autres violentés et maltraités, mais Nate Parker ne nous laisse jamais nous familiariser avec ceux qui sont mieux traités. Nate Parker ne va pas être tendre dans sa réalisation, nous livrant un véritable carnage sans atteindre l’explosion surréaliste de Quentin Tarantino avec Django Unchained. La puissance du film se trouve dans la capacité du réalisateur à décrire la violence et l’horreur de l’esclavage au bon moment. La caméra sait regarder au loin, et quand montrer quelque chose de vraiment terrible.

Avec The Birth of a Nation, Nate Parker nous montre qu’il est un cinéaste extraordinaire. Non seulement il obtient de bonnes performances de la part de son casting, mais il a également créé un film puissant. Il a su quand susciter la haine et la colère chez le spectateur grâce à des scènes émotionnellement très difficiles, et quand se contenter de filmer les émotions qui défilent sur le visage de son héros, quand un visage est plus parlant que du sang. Bien que ce ne soit pas un film facile à regarder, c’est un grand film, et cela vaut bien l’investissement émotionnel.

En salles depuis le 17 janvier.

A propos Kévin Costecalde (130 Articles)
Passionné par la photographie et les médias, Kévin est chef de projet communication. En 2012, il a lancé le blog La Minute de Com, une excellente occasion selon lui d'étudier les réseaux sociaux et l'actualité. Curieux et touche-à-tout, Kévin aime les challenges, les voyages et l'ironie.

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