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Jackie, un biopic des plus intéressants

Jackie, Jacqueline Kennedy, biopic

CINÉMA — Novembre 1963 : l’époux de Jackie Kennedy est assassiné. Jackie nous montre ce qu’il s’est passé ensuite.

Il est assez simple de faire un film policé à propos de Jacqueline Kennedy, la plus glamour et la plus élégante de toute les first lady des États-Unis. L’épouse du président John F. Kennedy était aux côtés de son mari quand il a été assassiné à Dallas en 1963, et a conservé l’affection du public jusqu’à sa propre mort d’un cancer de plus de 30 ans plus tard. Pourquoi nous souvenons-nous de Jackie Kennedy ? La mention de son nom évoque encore des images de la première dame parfaite, toujours prête à être photographiée, une icône de la mode qui pose à côté du président. On peut également se souvenir de la vision sombre d’une silhouette rose, qui rampe sur le dos d’une limousine où son mari se trouve sans vie sur la banquette arrière, le crâne explosé suite à des tirs d’arme à feu. Nous nous souvenons de son attitude lors de cet événement historique, mais qu’a-t-elle fait d’autre ? Ce biopic perspicace de Pablo Larraín la dépeint comme une femme dont le but était d’encadrer l’histoire. Non pas dans un sens politique, mais pour l’Histoire, pour la rendre mémorable.

Pourtant, ce drame biographique adopte une approche révisionniste des plus courageuses. Bien que Jackie soit loin d’être antipathique, il la présente comme imparfaite, énergique et beaucoup moins sûr d’elle que son image publique si parfaite le suggère.

Le film de Larraín se concentre sur la semaine suivant la mort de JFK. Jackie (joué par Nathalie Portman) invite chez elle Theodore H. White (Billy Crudup), un journaliste, pour une interview exclusive… exclusive mais pas libre car seules les citations qu’elle aura approuvées pourront être publiés.

« Ne pensez pas une seconde que je vais vous laisser publier cela. »

Jackie, Jacqueline Kennedy, biopic

Ces échanges tendus cèdent la place à une vision passée de Jackie Kennedy, la vision de la semaine qui va faire d’elle ce que l’on retiendra dans l’histoire : une veuve de président, digne dans l’épreuve. On la voit, brisée, annoncer la nouvelle tragique à ses enfants, défiant les conseillers de la sécurité pour planifier un enterrement somptueux pour son mari, confessant quelques vérités à un prêtre et nettoyer elle-même ses vêtements tachés de sang dans ses appartement de la Maison Blanche. Nous sommes quelques heures après l’assassinat. Le récit ne se contente pas d’aller et venir entre le jour de l’incident tragique à Dallas, l’organisation des funérailles du président, son temps passé à accompagner le cercueil de son mari au cimetière d’Arlington, et son temps passé à la Maison Blanche. C’est un ensemble d’événements qui a forgé l’image d’une femme.

Jackie est devenue une icône du 20e siècle mais également une femme en deuil qui essaie avec force de reprendre le contrôle de sa vie, qui, elle le sait , lui a cruellement été enlevé.

Jackie Kennedy est une personne complexe. Elle incarne une first lady qui sait ce que le public veut d’elle. L’image qu’elle renvoie est très importante pour elle. Elle sera ridiculisée pour son souhait de rendre des funérailles aussi imposantes et majestueuses que celles Lincoln en son temps, en dépit de la différence entre les deux présidents, mais elle croit profondément que le peuple américain mérite de partager sa douleur, la perte du grand homme qu’était son époux. Jackie est devenu célèbre à une époque où la télévision a façonné l’histoire moderne, comme pour le débat des présidentielles contre Nixon où son mari avait pris l’avantage en maîtrisant les codes pour gagner. Elle utilise cette même stratégie pour marquer l’histoire. Il y a un certain égoïsme dans son désir qui la rend plus humaine, bien plus qu’une simple icône. Cette caractérisation complexe demande une performance tout aussi complexe et Natalie Portman donne le meilleur de sa carrière.

Jackie, Jacqueline Kennedy, biopic

Avec Jackie, le réalisateur chilien Pablo Larraín frappe encore très fort en livrant un film très cinématographique, où les effet sont là uniquement pour servir le propos. C’est pour cela qu’il filme beaucoup les acteurs et s’intéresse peu aux paysages.

L’intérêt du film réside dans le fait de montrer Jackie, d’abord spectatrice de sa vie avant de qu’elle ne la reprenne en main. Certains diront que ça arrive à la majorité des gens. Jackie vous répondrait qu’elle n’est pas la majorité des gens puisque cette majorité n’a pas vu son mari se faire assassiner sous ses yeux et n’est pas aussi exposée médiatiquement. Pablo Larraín filme au plus près. On retrouve de nombreux plans rapprochés dont l’objectif est d’immerger le spectateur, afin qu’il ait de l’empathie pour les protagonistes. Natalie Portman éblouit tout le monde. Elle apporte toute sa fragilité, sa sensibilité et sa force à ce personnage complexe et imposant. Sa nomination aux Oscars est amplement méritée.

En salles depuis le 1er février 2017.

A propos Kévin Costecalde (121 Articles)
Passionné par la photographie et les médias, Kévin est chef de projet communication. En 2012, il a lancé le blog La Minute de Com, une excellente occasion selon lui d'étudier les réseaux sociaux et l'actualité. Curieux et touche-à-tout, Kévin aime les challenges, les voyages et l'ironie.

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