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Les Fleurs du Mal : sombres perversions collégiennes

Les Fleurs du Mal, Shūzō Oshimi, Ki-oon

MANGA — Shūzō Oshimi est mangaka, avec plusieurs séries  à son actif ; en 2001, il a reçu le Tetsuya Chiba Award, une récompense du nom d’un autre mangaka, qui a reçu le titre de personne de mérite culturel en 2014. Les œuvres de Shuzo Oshimi rencontrent un grand succès au Japon et ont été adaptées, pour certaines, en films d’animation.

Une ville de province banale, un collège banal, un quotidien banal. Takao, élève moyen et timide, se sent enfermé dans ce monde étroit. Il n’a qu’une échappatoire : la lecture. Il est surtout fasciné par l’étrangeté des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce recueil est devenu son livre de chevet, tout autant que son moyen de se différencier dans un monde gris où tout le monde se ressemble.
Il existe pourtant un élément de surprise incontrôlable dans son univers : Sawa, assise derrière lui en classe, refuse toute autorité en bloc. « Cafards ! », « Larves ! » : elle ne rate pas une occasion d’exprimer sa haine et son mépris, même envers ses professeurs. Crainte de tous, elle est l’élément déviant de la classe.
Takao, n’en a cure et préfère se concentrer sur la populaire Nanako. Il ne lui a jamais parlé et se contente de la regarder de loin. Alors quand il trouve abandonnés dans la salle de classe les vêtements de sport de l’objet de ses fantasmes, il ne peut s’empêcher de les ramasser… Surpris par du bruit dans le couloir, il s’enfuit en emportant les affaires de Nanako. Pas de chance pour lui, Sawa l’a surpris en plein forfait… Avec un grand sourire, elle commence à le faire chanter : s’il ne veut pas qu’elle le dénonce, il doit obéir à ses ordres, même les plus fous !

Le manga de Shūzō Oshimi n’est pas, comme on pourrait le croire au vu du titre, une adaptation du recueil de poésies de Charles Baudelaire – bien que l’œuvre de celui-ci le traverse. En effet, Takao, notre protagoniste, trouve à l’œuvre de Baudelaire un certain charme et un écho avec sa propre vie. Celle-ci bascule violemment après que Sawa l’a surpris en train de dérober les affaires de sport de Nanako.

À partir de là, une relation assez malsaine va unir les deux collégiens. Sawa est persuadée que Takao est un pervers et va essayer de le montrer à tous. Takao, bien plus faible que la jeune fille, va céder à tous ses chantages, faire preuve de bêtise et de puérilité et… s’enfoncer un peu plus chaque jour. À tel point que l’on aimerait pouvoir lui mettre deux claques pour qu’il s’aperçoive de la bêtise crasse dont il fait preuve et qu’il reprenne un peu ses esprits.

Les Fleurs du Mal, Shūzō Oshimi, Ki-oon

Mais ce n’est pas le cas, aussi l’histoire sombre-t-elle dans une incroyable spirale de violence et de perversité toujours plus accrue, les ordres de Sawa étant de plus en plus odieux, dangereux ou immoraux. Entre chaque chapitre, Shūzō Oshimi nous explique sa découverte des grands classiques de la littérature française, comme Baudelaire, donc, mais aussi comme les surréalistes, Breton en tête ; il entrecoupe ses récits d’anecdotes sur sa vie de collégien – qui n’a pas semblé toute rose.

Après ces deux tomes, il en reste 9 (la série étant terminée) : 9 volumes au cours desquels Takao va sûrement devoir encore lutter contre les manigances de plus en plus perverses de Sawa, laquelle ne semble connaître aucune limite.
Les Fleurs du Mal, en somme, est plus une sombre histoire de harcèlement scolaire qu’une réécriture de l’œuvre poétique éponyme. De fait, c’est donc une histoire assez dérangeante, que le dessin, assez froid et très réaliste, ne parvient pas à adoucir.

Les Fleurs du Mal, tomes 1 & 2, Shūzō Oshimi. Ki-oon, janvier 2017. Traduit du japonais par Thibaud Desbief.

A propos Oihana (415 Articles)
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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