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New Earth Project : comment survivre au futur

SCIENCE-FICTION JEUNESSE — Après quelques polars pour adultes et la très bonne série de fantasy Les Mondes de l’Alliance, David Moitet publie chez Didier Jeunesse un court roman de science-fiction très percutant !

New-York, 2125. La majorité de la population est pauvre et parquée dans des bidonvilles, tandis que l’élite profite d’une vie confortable sous le Dôme. Dans l’enceinte de celui-ci, air pur, soleil artificiel et véritable végétation rendent la vie plus simple aux habitants. Mais pas de panique : l’entreprise Parker pourvoit aux besoins des plus démunis avec le NEP, New Earth Project qui, toutes les semaines, envoie deux cent mille personnes, tirées au sort parmi les plus pauvres, sur une planète réunissant des conditions similaires à celles de la Terre avant qu’elle ne soit irrémédiablement abîmée par les humains. Les vaisseaux-mondes de l’entreprise tournent à plein régime.
Pendant ce temps-là, sur Terre, Isis fréquente l’école mixte, qui accueille les enfants des riches et quelques rares élèves du ghetto. Elle y rencontre Orion Parker, le fils du dirigeant du projet NEP. Au cours d’un TP social, elle ouvre les yeux d’Orion sur la vraie vie des gens en-dehors des dômes.
Alors qu’ils semblent commencer à s’apprécier, malgré leurs différences et leurs différends, et même à devenir amis, la famille d’Isis est tirée au sort pour partir vers la Nouvelle Terre. Orion, désireux d’en savoir plus, se met alors à enquêter sur les affaires de son père et… ce qu’il trouve n’est pas vraiment pour lui plaire !

New Earth Project, David Moitet, Didier Jeunesse

Si on se contente de rester à la surface, l’histoire peut faire un peu « déjà-vu » : des riches très riches ont une vie privilégiée sur une Terre en déliquescence et des pauvres très pauvres qui survivent à peine. La perspective du départ vers Nouvelle Terre est, peu ou prou, la seule chose qui permet à la société de ne pas s’effondrer totalement. Heureusement, David Moitet développe de très intéressants personnages qui vont porter cette histoire. Histoire de ne rien gâcher du roman, on ne va parler que des deux figures centrales : Isis et Orion. Isis, de son vrai nom Immaculée-Sissy (ça ne s’invente pas !), a obtenu une place à l’école en raison de ses bons résultats mais ça ne lui donne pas plus de moyens dans le ghetto. Grâce à la débrouillardise de la jeune fille, sa famille peut tout de même espérer se nourrir – et c’est l’occasion, pour l’auteur, de nous parler de techniques d’agriculture encore peu répandues, comme l’aquaponie ou la permaculture.
De l’autre côté du ghetto, Orion, lequel a une assez mauvaise opinion des  « Gris » (les pauvres), comme de juste et les considère comme à peine mieux que des cancrelats. Mais, au cours du TP social, et sous la houlette d’Isis, Orion va s’ouvrir à ses congénères. On pourrait penser qu’il est le seul à évoluer. Mais non ! Isis, elle aussi, s’ouvre un peu plus au reste du monde ; de fait, l’évolution des deux personnages est vraiment intéressante.

Passé un bon tiers du roman, celui-ci commence à prendre des accents de thriller. Il ne faut, en effet, pas longtemps au lecteur pour comprendre que le NEP cache de sombres secrets mais on se demande encore lesquels. Et la réponse est encore plus glauque que ce à quoi on aurait pu s’attendre !
L’intrigue est menée tambour battant, tant par Isis que par Orion : et le rythme est tel que l’on a du mal à lâcher le livre avant d’en avoir tourné la dernière page.

Le roman a l’air court, vu comme ça, mais ça n’empêche pas moins l’auteur d’évoquer des sujets d’importance. De fait, le roman évoque l’écologie, évidemment, mais aussi la gestion durable des ressources et l’importance du vivre-ensemble dans une société comme la nôtre (si on ne veut pas que cela tourne au génocide pur et simple). De plus, il est beaucoup question de l’évolution proche de la Terre, si l’on continue à en user comme nous le faisons. Et l’histoire est là pour nous rappeler combien il est urgent de s’y mettre enfin !

New Earth Project, David Moitet, Didier Jeunesse

En somme, voilà un roman de science-fiction lisible dès 12 ans, qui évoque des thèmes qu’il est nécessaire de ne pas occulter et dont il faut absolument parler. Quand, en plus, c’est servi sous couvert d’une intrigue bien ficelée, mettant en avant des personnages que l’on a envie de suivre, c’est d’autant plus facile.
Et pour ceux qui voudraient prolonger l’expérience, le film A Beautiful Planet (sorti l’an passé mais actuellement diffusé à la Géode) complète idéalement cette lecture !

New Earth Project, David Moitet. Didier Jeunesse, 8 février 2017.

A propos Oihana (434 Articles)
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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