C'est tout chaud !

L’homme est un dieu en ruine : second volet du diptyque après Une vie après l’autre !

L'homme est un dieu en ruine, Kate Atkinson, Jean-Claude Lattès

ROMAN — La sortie d’un nouveau roman de Kate Atkinson, c’est toujours un événement. C’est une auteure qui a su s’imposer au fil des années, et que je suis à titre personnel depuis une bonne dizaine d’années, et le magistral Dans les coulisses du musée. Après l’excellent Une vie après l’autre, probablement une des plus belles découvertes de 2015, l’auteure est de retour avec L’homme est un dieu en ruine, second volume du diptyque initié avec l’histoire d’Ursula Todd, et qui, de manière plus générale, traite de la deuxième guerre mondiale.

Si dans Une vie après l’autre, Kate Atkinson explorait les différentes vies potentielles d’Ursula, dans L’homme est un dieu en ruine, elle renoue avec une narration moins science-fictionnelle, quoique toujours aussi peu commune. En effet, dans ce nouveau roman, elle se penche sur l’histoire de Teddy, le petit frère d’Ursula, en dédaignant toute chronologie classique. On passe de l’enfance de Teddy à son grand âge, en transitant par les années de guerre, son mariage, la vie de sa fille, de ses petits enfants, sans ordre logique en apparence. Par ailleurs, la narration est totalement omnisciente : ce n’est pas parce que le lecteur lit une anecdote sur la vie de Teddy quand il était petit que l’auteure n’y citera pas Viola, sa fille à naître, voire même ses deux petits enfants. C’est un peu surprenant, mais on s’y fait très vite et ça empêche l’histoire d’être trop linéaire.

L'homme est un dieu en ruine, Kate Atkinson, Jean-Claude Lattès

Là où cela pêche un peu, c’est que ce roman passe après le très, très, très bon Une vie après l’autre, au côté duquel L’homme est un dieu en ruine sonne extrêmement fade. C’est le problème avec ces auteurs que l’on admire énormément et que l’on suit depuis plusieurs romans : à chaque nouvelle sorti, les attentes sont très, très hautes. Le roman que nous propose ici Kate Atkinson n’est pas mauvais, loin de là. Il y a même de très bonnes choses dans ce récit, notamment une réflexion intelligente et construite sur la guerre, le deuil, ce qu’on commet en période de conflit et qui peut venir nous hanter en temps de paix…  La famille est également au coeur de l’intrigue. Mais contrairement au personnage d’Ursula, celui de Teddy nous laisse étonnamment de marbre : et pourtant, Kate Atkinson a tout fait pour le rendre sympathique. Peine perdue. Quant à Viola, fille de Teddy, elle est tout bonnement détestable car égoïste et irresponsable. Les passages qui lui sont consacrés en deviennent laborieux.

Après un roman éblouissant de maîtrise et excellent à tout point de vue, L’homme est un dieu en ruine fait office de petit frère bancal : objectivement et pris seul, cela serait un roman tout à fait honnête et satisfaisant, mais dans la perspective de l’oeuvre globale de Kate Atkinson, et comparé au premier volume du diptyque, il déçoit. Dommage.

L’homme est un dieu en ruine, Kate Atkinson. Jean-Claude Lattès, 2017. Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides.

A propos Emily Costecalde (612 Articles)
<p>Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.</p>
Contact :Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*