C'est tout chaud !

Marquer les ombres : aie, ça pique !

Marquer les ombres, Veronica Roth, Nathan

ROMAN YOUNG ADULT — La sortie d’un nouveau roman signé Veronica Roth, l’auteure de la trilogie Divergent, était un véritable événement éditorial, attendu dans le monde entier. Nous avons attendu un peu que la hype retombe avant de nous plonger dedans, afin d’aborder cette nouvelle série avec le moins d’aprioris possibles. Que vaut donc cette nouvelle trilogie ?

De quoi ça parle, tout d’abord ? Dans une galaxie lointaine (et là, vous visualisez le texte défilant du début des films Star Wars, non ?), un garçon issu d’un peuple pacifique devient le domestique de la soeur du tyran qui gouverne la faction opposée. Chacun va apprendre de l’autre. Voilà, c’est aussi simple que ça. Rien de nouveau sous le soleil. Ça ressemble un peu au pitch de The Curse, de Marie Rutkoski, sauf que le duo imaginé par Veronica Roth marche un poil moins bien que celui de The Curse. Peut-être parce que justement, des couples nés sous des étoiles contraires, issus de familles ennemies, qui devraient se détester mais qui au final se kiffent grave, on en a déjà vu un paquet. Et n’est pas Shakespeare qui veut…

D’un côté, Akos est le captif des Shotet, le peuple de Cyra. De l’autre, le destin de Cyra, pourtant la soeur du chef des Shotet, n’est finalement pas plus enviable, car de bien des manières, elle est la captive de son frère (que l’on imagine spontanément comme une incarnation Young Adult de Kuzco l’empereur megalo). Dans l’univers de Marquer les ombres, chacun des personnages a un pouvoir, un « don-flux » (l’idée est intéressante, mais malheureusement loin d’être novatrice). Celui de Cyra, c’est d’infliger une douleur terrible rien qu’en effleurant les gens. La rançon de la chose, c’est qu’elle éprouve cette douleur en permanence, et se sent monstrueuse. Devinez quoi ? Akos est le seul qui, en la touchant, peut non seulement ne pas éprouver ce fléau qui ravagerait n’importe qui d’autre, mais en plus endort sa douleur à elle. Super pratique. À partir de ce constat, tout est cousu de fil blanc. Une romance va forcément naître entre eux, aiguillonnée par leurs nombreuses différences, notamment culturelles. Le tout sur fond de rébellion, et de prise de conscience politique, et émaillé de très nombreuses morts. Veronica Roth ne ménage pas ses personnages, qui assassinent à tout va (c’est suffisamment rare en Young Adult pour qu’on le souligne). On saluera d’ailleurs la manière si particulière des Shotet de marquer le coup, en s’entaillant le bras. C’est un des rites intéressants développés par l’auteure, parmi la foule de détails plus insignifiants dont elle nous abreuve sur les Shotets. On avait connue Veronica Roth pourtant plus inspirée pour décrire les factions de Divergent.

Marquer les ombres, Veronica Roth, Nathan

Vous l’aurez compris, ce nouveau roman est bien en-dessous de Divergent. L’univers imaginé par Veronica Roth est riche, mais peut-être trop brouillon : il y a un potentiel non négligeable, mais on a finalement l’impression que tout est survolé, tout est superficiel. Si on compare la construction de son monde à celle que fait Pierce Brown dans la trilogie Red Rising (autre série qui se passe dans l’espace), celle de Marquer les ombres semble franchement bancale. On le sait, ce n’est pas beau de comparer. Malheureusement à la lecture de Marquer les ombres, on ne fait que ça, comparer, car tout nous évoque des éléments d’autres séries Young Adult. L’univers rappelle Star Wars et Red Rising. L’histoire entre les personnages évoque The Curse. Le héros masculin ressemble à mille autres personnages de séries adolescentes. On peut même le rapprocher de Quatre, le propre personnage de Veronica Roth : un garçon en apparence fort qui cache des failles (un passé d’enfant battu pour Quatre, la culpabilité de n’avoir pu empêcher son enlèvement et celui de son frère, ainsi que le meurtre de son père pour Akos, ainsi que celle d’avoir été amené à tuer). Pourtant, on a l’impression que Veronica Roth a tout fait pour s’éloigner de la trilogie qui a fait son succès, pour ne pas être accusée de faire du Divergent-bis. Alors oui, on peut difficilement comparer les deux… Mais cela ne suffit pas à faire l’intérêt d’un roman.

Objectivement, ce n’est pourtant pas franchement mauvais, il y a de bonnes idées, et de l’ambition : Veronica Roth a essayé de bâtir un monde avec son propre système politique et ses croyances religieuses. Mais comparé à tout ce qui existe sur le marché, comparé à sa propre série précédente… la nouvelle trilogie de Veronica Roth ne s’engage pas au mieux. En fait, la lecture a été parfois franchement laborieuse… Nous ne lirons pas la suite, à priori. Dommage.

Marquer les ombres, Veronica Roth. Nathan, 2017. Traduit de l’anglais par Anne Delcourt.

A propos Emily Costecalde (621 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
Contact :Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*