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Un roman flamboyant : Après l’incendie

Après l'incendie, Robert Goolrick, Anne Carrière La plantation Oak Alley, que j'ai photographiée en 2013. Ça pourrait être Saratoga...

VIRGINIE — Après l’incendie : le titre du dernier roman de Robert Goolrick vous en révèle la fin : il y aura à la fin un feu, un incendie sublime et carnassier, qui dévorera Saratoga, la magnifique maison de famille des Cooke. Mais comment en est-on arrivé à cet incendie destructeur, qui fit disparaître une des plus belles demeures d’Amérique ? C’est ce que nous conte Après l’incendie.

1900, état de Virginie. Au moment de la naissance de Diana Cooke, l’héroïne du roman, Saratoga est une des plus belles maisons d’Amérique, et peut-être même du monde. Cette demeure grandiose est dans la famille depuis des siècles : pour Diana, c’est à la fois un précieux héritage et une cage dorée, car ces maisons sublimes sont de véritables gouffres financiers. La famille Cooke est ruinée : seul le mariage de Diana avec un homme riche pourra sauver la famille Cooke et Saratoga de la ruine.

Très jeune, Diana sait qu’elle sera vendue au plus offrant quand viendra l’heure. Ce joyau brut, qui a grandi au bord de la rivière et courait le domaine de Saratoga avec les autres enfants du voisinage, doit être poli dans les pensionnats les plus prestigieux, afin qu’elle devienne une femme du monde. Une fois qu’elle aura ferré un beau parti, Saratoga sera sauvée. Cette maison, que l’on imagine avoir la prestance d’Oak Alley, en Louisiane, ou de Tara, la demeure des O’Hara dans Autant en emporte le vent, vous la parcourrez de long en large au fil de la lecture…

 Après l'incendie, Robert Goolrick, Anne Carrière

Mais comme toutes les grandes maisons du sud des États-Unis, comme toutes les plantations, Saratoga a été construite sur des larmes, sur de la souffrance, elle a prospéré sur le plus grand fléau de l’époque. Comme tous les autres, les Cooke étaient des esclavagistes, ils se sont enrichis sur le commerce et la propriété d’autres êtres humains. Et si Diana était maudite, lestée par le fardeau du passé de sa famille ?

Car Diana a tout de l’héroïne tragique. Personnalité fascinante et lumineuse, de celle qui marquent son époque, Diana naît à la fin de l’âge d’or de sa famille, quand celle-ci, ruinée, maintient à grand peine l’illusion de la grandeur. Elle sait depuis l’enfance qu’elle fera un mariage de raison, et qu’elle vivra sans amour. Son mariage avec Copperton sera effectivement malheureux. Quant aux événements qui ponctueront sa vie par la suite, nous ne vous les détaillerons pas, mais sachez qu’ils sont du même tonneau : Diana semble destinée à ne jamais être heureuse. Sa relation avec Ash, son fils unique est quasiment oedipienne : Diana essaie d’expier le manque d’intérêt qu’elle manifestait à son fils quand il était bébé, et celui-ci, au prénom prédestiné (Ash signifique « cendre » en anglais), porte sur sa mère un regard émerveillé, presque amoureux. Devenu adulte, Ash continue à demander à sa mère de lui brosser les cheveux. Il porte sur celle-ci un regard jaloux… alors que c’est lui-même qui introduit dans leur cercle la personne qui brisera le fragile équilibre qui règne entre eux deux.

Née avec le siècle, et dernière de son époque, Diana n’a plus que l’incendie pour se libérer du poids de ce passé familial lourd et violent : c’est un feu finalement très cathartique, presque salvateur, qui ravage Saratoga, et met fin de manière symbolique à l’histoire des Cooke. Même si Ash demeure, et qu’il fait des enfants, c’en est finit de cette grande dynastie du sud…

On présente Après l’incendie comme un anti-Autant en emporte le vent : c’est un roman féroce, qui nous dépeint un Sud moribond, alourdi par des traditions désuètes et par un passé sanglant. Le Sud est au centre du roman, cette demeure grandiose mais décrépie, dont l’âge d’or est depuis longtemps passé en est la métaphore vibrante. C’est un récit qui entraîne chez le lecteur des émotions violentes, qui fascine et qui émeut, ce qui est l’apanage des grands romans.

L’éditeur a ajouté à ce roman un deuxième récit, Trois lamentations : cette nouvelle autobiographique se penche sur trois jeunes filles que l’auteur a côtoyé à l’adolescence. C’est un récit fort et marquant, qui nous parle également du poids des traditions dans le sud, du racisme, et de l’évolution (ténue) des mentalités…

Après l’incendie, Robert Goolrick. Anne Carrière, 2017. Traduit de Marie de Prémonville.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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