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Un roman profondément nostalgique : Joyland

CAROLINE DU NORD — S’il y a une chose pour laquelle Stephen King est bon, est vraiment bon, c’est pour la nostalgie. Quand on lit Ça, 22/11/63, Revival ou Joyland, il est impossible de ne pas ressentir cette nostalgie violente, cette connection indéniable que l’auteur a avec cette époque révolue, une certaine idée de l’Amérique, telle qu’elle était dans les années 50 à 70.

Joyland en est l’exemple même : plus qu’un thriller, plus qu’un roman effrayant, Joyland, c’est un roman sur un été, dans les années 70, dans une fête foraine de Caroline du Nord, à une époque plus insouciante, presque idéalisée : un instantané, pris sur le vif, d’un ère désormais révolue. L’impression est renforcée par le narrateur, lui même profondément nostalgique. Devin Jones est désormais adulte et, à l’âge mûr, il revient sur une de ses expériences de jeunesse, l’été qu’il a passé à Joyland. Alors étudiant, fauché et en proie à un chagrin d’amour, Devin s’est fait embaucher dans une fête foraine un peu désuète, familiale et très appréciée : Joyland. Sans rôle bien défini, Devin s’apprête à enchaîner corvées sur corvées en serrant les dents : en réalité, il va se trouver comme une deuxième famille, et tomber amoureux des lieux. Est-il « forain de chez forain » ?

Pourtant, Joyland a sa face sombre. Il se murmure, par exemple, que le train fantôme est vraiment hanté. Il y a quelques années, quelques chose de franchement sinistre s’est passé entre ces murs de tôle… Le fait divers intrigue Devin.

Joyland, Stephen King, Albin Michel

Les événements tragiques qui ont secoué le train fantôme ne sont presque qu’un prétexte à Stephen King, qui en profite pour dérouler une saison à Joyland, aux côtés d’un narrateur juvénile, et de sa version plus mature, qui porte un regard sans complaisance sur son passé. Joyland, c’est une parenthèse hors du temps. La fête foraine est déjà sur le déclin. Bientôt, les grands parcs – Disney en tête – viendront creuser sa tombe et Joyland ne sera plus qu’un souvenir fané dans la mémoire des habitants de la région. Mais cet été-là, la fête foraine est encore bien d’actualité : le lecteur aura l’impression d’en sillonner les allées, et d’en découvrir l’envers du décor. Le lieu est tout d’abord accueillant : Stephen King arrivera à le faire basculer vers l’angoisse en fin de roman, mais si vous espériez un roman d’horreur dans la lignée de Ça, passez votre chemin, ce n’est pas ça du tout !

Voilà donc un récit charmant, qui nous montre l’évolution du narrateur vers l’âge adulte, l’espace d’un été qui a changé sa vie. Devin grandit au fil du roman, réussit à se détacher progressivement de son ex-copine (bien que pas totalement !), se découvre utile, apprécié, aimé, même. Cet été-là, Devin se fera des amis qui le suivront toute sa vie d’adulte, et fera la rencontre d’un petit garçon malade très attachant et de sa mère… Cet été-là, Devin s’en souviendra toute sa vie. Et nous aussi.

Joyland, Stephen King. Albin Michel, 2014. Traduit de l’anglais par Nadine Gassie et Océane Bies.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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