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Un roman historique de haute volée : La Dernière frontière

OKLAHOMA — C’est en lisant un autre livre, Powder River, qu’Howard Fast a eu l’idée d’écrire La Dernière Frontière : un paragraphe évoquait la fuite d’un groupe de Cheyennes d’une réserve de l’Oklahoma vers le Nord, et leur poursuite par l’armée américaine. Intéressé par ce qu’il soupçonnait être « le plus grand des combats contre l’adversité », et jugeant que l’histoire se devait d’être racontée, l’auteur a fait de nombreuses recherches, allant jusqu’à se déplacer pour rencontrer des Indiens se souvenant de cet exode dans le nord, qui ne datait à l’époque « que » d’une soixantaine d’années. Voilà le résultat de ses recherches.

Dans les années 1870, l’armée américaine entreprend de capturer les Cheyennes et de les réunir dans ce qu’on appelle alors le « territoire indien », soit l’Oklahoma. On les installe sur une terre aride, pleine de poussière, hostile, en vérité, bien loin des vertes prairies où ils avaient l’habitude d’évoluer. Souffrant de la faim, rongé par la maladie, déraciné, le peuple cheyenne n’a qu’une envie : qu’on les laisse retourner dans le nord, dans les Black Hills, la terre de leurs ancêtres. Environ trois cents d’entre eux décident de quitter la réserve, comme un baroud d’honneur. L’armée américaine, mais aussi des civils, se lancent à leur poursuite.

Roman basé sur des faits réels, La Dernière Frontière est un des livres les plus intéressants, et les plus documentés que l’on peut lire sur les Cheyennes. Paru initialement en 1941, ce roman a été encensé par les plus grands médias et c’est donc avec grand plaisir qu’on le retrouve dans la collection poche de Gallmeister.

La Dernière Frontière, Howard Fast, Gallmeister

La Dernière frontière est un roman terrible, sans concession, qui montre avec justesse la manière dont les Amérindiens ont été traités tout au long du XIXe siècle : racisme, déportation, violence, et même, massacre. Certaines scènes sont à la limite de l’insoutenable et le pire, c’est de se dire que tout est vrai. L’épisode de l’histoire amérindienne qu’Howard Fast a décidé de raconter est absolument odieux. On nous montre un peuple moribond, maltraité, humilié mais aussi extrêmement digne et courageux, dont on nie la liberté, et même, l’humanité. La ténacité des Cheyennes est absolument admirable. Même l’armée américaine est obligée de le reconnaître, et les soldats se surprennent parfois à quelques petits gestes envers eux…

Howard Fast allie la précision documentaire de son récit à un véritable talent narratif. Il alterne entre les points de vue, nous montre aussi bien l’agent en charge de la réserve, le général Sherman, ou différents membres des régiments envoyés à la poursuite des Indiens. Son écriture est efficace, et un peu nerveuse : elle se fait parfois cinématographique, et certaines scènes semblent presque sorties d’un film de Tarantino. En tout cas, c’est toujours très visuel : le lecteur a l’impression de pouvoir voir les plaines désertiques de l’Oklahoma ou les étendues enneigées dans lesquelles progressent les Indiens en deuxième partie du récit.

C’est enfin un roman qui nous montre les effets parfois terribles de l’expansion américaine. Nous sommes à un moment charnière de l’histoire étasunienne : c’est l’ère du chemin de fer, l’avénement du télégramme, le pays est de plus en plus quadrillé. Le pays n’a cessé de repousser ses frontières : près de trente ans auparavant, c’était la célèbre ruée vers l’or, la conquête de l’ouest, quand les colons partaient en masse en Californie, ce nouvel eldorado. En 1878, la dernière frontière, la seule qui reste, est intérieure : le pays enserre les grandes plaines, là où les Indiens régnaient en rois. Les Américains seront alors totalement maître de leur pays. Mais à quel prix ? Howard Fast nous montre bien à quel point cette conquête fut sanglante, et terrible. En guise d’exemple, il nous dévoile le massacre des bisons, pour leur cuir, ou pour le plaisir de la chasse. Ces bêtes dont se nourrissaient les Indiens depuis des siècles proliféraient au début du XIXe siècle : les Indiens utilisaient strictement tout chez l’animal. Ils mangeaient sa viande, s’habillaient avec sa peau, utilisaient ses boyaux et ses organes comme récipients. Ils assistent, impuissants, à la quasi-extinction de l’animal quand des chasseurs, mandatés par par des industriels, sillonnent les plaines pour décimer les troupeaux, laissant les carcasses se décomposer au soleil… La notion de progrès, il n’y a pas à dire, en prend un sacré coup…

La Dernière Frontière est un grand roman historique : servi par un style très visuel, et méticuleusement documenté, le récit d’Howard Fast est un must-read pour quiconque s’intéresse à l’histoire américaine.

La Dernière Frontière, Howard Fast. Gallmeister, collection Totem, 2014. Traduit de l’anglais par Catherine de Palaminy.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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