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Un roman entre Afrique et USA : Ce qu’on peut lire dans l’air

Dinaw Mengestu s’est imposé en un roman, avec Les Belles choses que porte le ciel, comme une des nouvelles voix métissées de l’Amérique : né en Éthiopie, il a été élevé en Amérique. C’est de cette expérience de vie dont il est question dans son roman Ce qu’on peut lire dans l’air, qui dresse un parallèle entre Mariam et Yosef, un couple d’immigrés, et leur fils Jonas, et son épouse Angela, deux couples dysfonctionnels qui, à trente ans d’écart, semblent suivre le même chemin.

Au début des années 1980, Yosef fait venir en Amérique son épouse Mariam, dont il a été séparé pendant trois ans. Ils s’offrent une lune de miel sans joie à Nashville. Trente ans plus tard, Jonas, leur fils unique, revient sur ce voyage, et reconstitue l’histoire de sa famille, réfléchissant sur l’immigration et l’identité.

Trente ans séparent les deux couples dont il est question dans ce roman : cependant, dans les deux cas, nous assistons peu à peu à la lente déliquescence des  mariages des personnages principaux, Mariam et son fils Jonas. Loin des évènements troubles qui les avaient réunis en Ethiopie, Mariam découvre en son époux un inconnu, tandis que l’ambition et le désir de faire ses preuves d’Angela l’éloignent progressivement de Jonas, obnubilé par le couple étrange, et silencieux qui fut celui de ses parents. Quand son père meurt, Jonas tente de retracer l’histoire de ses parents, sur deux continents : celui qui était autrefois si silencieux au sujet de ses origines, et qui tâchait de dissimuler qu’il était un immigrant de la deuxième génération et de s’immerger dans une attitude typiquement américaine, devient prolixe et nous narre l’histoire de son père, la modifiant sensiblement, emporté par la narration. Professeur, il s’en ouvre à ses élèves. Au lecteur, il confie des réflexions plus intimes, sur sa mère, sur son arrivée aux Etats-Unis, sur la difficulté de s’adapter, d’apprendre la langue, de faire face au racisme et à la violence de certains. L’American Dream en prend un sérieux coup : si le père de Jonas peut s’acheter une voiture aux Etats-Unis, il ne parvient pas à renouer avec sa femmes les liens qui les liaient autrefois en Ethiopie. Plus tard, Jonas assistera lui-aussi à la lente mort de son couple, victime, peut-être des rêves et ambitions des immigrants qui veulent à tout prix montrer qu’ils peuvent réussir en Amérique : sa femme Angela ne cessera de vouloir s’élever plus haut, tandis que lui-même échouera à satisfaire ses ambitions.

Ce qu'on peut lire dans l'air, Dinaw Mengestu, le livre de poche

La voix de Jonas, un peu triste mais non larmoyante, nous rend le personnage réel, tangible, sympathique. Le récit se déroule avec aisance, et alterne entre l’Afrique, New-York, la route vers Nashville, évolue entre passé et présent, dessinant une histoire émouvante, terriblement humaine. Un livre que l’on prend beaucoup de plaisir à lire. Le troisième roman de Dinaw Mengestu, Tous nos noms, sort à la rentrée.

Ce qu’on peut lire dans l’air, Dinaw Mengestu. Albin Michel, 2011. Le Livre de poche, 2013. Traduit par Michèle Albaret-Maatsch.

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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