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Un roman faustien : Le Contrat Salinger

Le Contrat Salinger, Adam Langer, Super 8

« Signez ici. Vous ne risquez rien. » proclame la quatrième de couverture. Dans la mesure où cela vient de Super 8, on songe toujours à une sorte de contrat faustien… Méfiance donc ! On se doute qu’il y aura anguille sous roche ! Et comment, messieurs dames, et c’est ce qui fait tout le sel de l’histoire…

Ledit contrat, c’est un certain Dex qui le propose. Accompagné de son garde du corps bibliophile, l’homme offre des sommes faramineuses à certains des plus grands auteurs de notre époque. En échange, ceux-ci doivent écrire un roman rien que pour Dex, dans le plus grand secret. Ainsi, Dex a pu se constituer une bibliothèque assez impressionnante remplie d’exemplaires uniques de livres écrits par des auteurs aussi prestigieux que Pynchon, Mailer ou Salinger…

C’est ce que Conner Joyce, approché lui aussi par Dex, raconte au narrateur, Adam Langer (tiens donc ! comme l’auteur !). Journaliste et auteur blasé devenu père au foyer, notre ami Adam se décrit comme une feignasse assumée, qui écoute avec un intérêt poli l’histoire d’un type dont il n’a jamais été vraiment proche, mais qui agit pourtant comme tel. Il y a, après tout, peut-être de quoi en faire un livre…

Le Contrat Salinger nous offre une plongée fascinante dans le milieu de l’édition américaine : vous n’ignorez rien des dédicaces moribondes dans des Barnes & Noble paumés, découvrirez une chaîne alimentaire impitoyable, croiserez des assistantes éditoriales aux dents longues et des auteurs de best-sellers insupportables. Le portrait est acide, mais probablement douloureusement réaliste. Conner Joyce est un auteur qui a connu autrefois un grand succès mais qui est en perte de vitesse. A travers son expérience, le lecteur découvre un monde régi par les ventes et la réputation, où vous pouvez très vite être déconsidéré. Il en conclura que c’est vraiment un univers impitoyable, où se jouent des affaires de gros sous… Le milieu de l’édition américain semble d’ailleurs jongler avec bien plus d’argent et être bien plus bling bling que le nôtre…

Le Contrat Salinger, Adam Langer, Super 8

Mais c’est une édition parallèle et confidentielle que Dex propose à Conner… et qui s’accompagne de phénomènes troublants. Bien sûr, le contrat que signe Conner n’a rien d’innocent, et bientôt le piège se referme sur notre auteur… Le lecteur se sent tout aussi oppressé que Conner, et est bien soulagé de regagner l’existence plus tranquille d’Adam, lors que cesse le récit de Conner…

Le Contrat Salinger est diablement efficace : tout est mené tambour battant, et l’aspect thriller est parfaitement maîtrisé. On aime plonger dans cette vision tordue de la bibliophilie (poussée à l’extrême, tout de même) et on rêve à l’idée qu’il existe peut-être quelque part une bibliothèque remplie de manuscrits secrets…

Le Contrat Salinger, Adam Langer. Super 8, août 2015. Traduit de l’anglais par Emilie Didier.

Cet article a été publié initialement sur Café Powell !

Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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