Sécessions, un drame familial sur fond de Civil War !

DRAME HISTORIQUE — Savannah, Géorgie : voilà le nom d’une ville qui fleure bon le Vieux Sud, les élégantes en crinoline et les champs de coton à perte de vue. Une ville qui, comme Atlanta, Charleston ou La Nouvelle Orléans, ne manquera pas non plus d’évoquer aux oreilles du lecteur moderne l’horreur de l’esclavage et, indéniablement, un certain goût pour la tragédie.

Quel meilleur cadre, donc, pour le roman d’Olivier Sebban, intitulé Sécessions ?  Car les Sécessions sont doubles dans ce récit : bien sûr, le titre fait écho à la fameuse guerre de Sécession, qui a opposé le Nord industriel au Sud esclavagiste, dans les années 1860. Mais bien avant la célèbre guerre civile qui a inspiré tant de romans, et tant de films, Elijah Delmar fait sécession de sa famille. Nous sommes en 1840 et Elijah vient de porter un coup fatal à son frère cadet. Dans la maison familiale de Savannah, le corps de celui-ci refroidit, tandis que le meurtrier entame sa cavale, son père et le marshall aux trousses. Cette histoire, indubitablement, a des relents de tragédie grecque : deux hommes ont été élevés dans une rivalité soigneusement cultivée par le patriarche, qui, à l’heure du drame, se demande dans quelle mesure il se montre complice de celui-ci. L’aîné a eu un enfant, Isaac, de la femme de son frère. Tout est réuni pour que la tragédie s’installe et prospère.

Elijah fait route vers le Nord où, sous un nom d’emprunt, il pourra commencer une nouvelle vie, d’abord à New York, cette ville connue pour les possibilités de nouveau départ qu’elle offre, puis à Chicago. Bien des années plus tard, Isaac, le fils du meurtrier, s’engage dans l’armée sudiste pendant la guerre de Sécession. Leurs chemins vont-ils se croiser, à la faveur du conflit ?

Sécessions, Olivier Sebban, Rivages

Avec Sécessions, Olivier Sebban, auteur français, s’essaie à l’art du roman américain en utilisant comme toile de fond un des événements les plus fascinants et les plus terribles de l’histoire étasunienne : la guerre civile qui a ravagé le pays de 1861 à 1865. Il nous livre ainsi des scènes saisissantes de champs de bataille, et de l’arrière, scènes d’un réalisme indéniable, ce qui les rend, bien sûr encore plus horribles. La guerre ne fait pas de cadeau : la vie non plus. Les personnages de Sécessions sont dévorés par la culpabilité, celle du meurtrier, bien sûr, qu’il peine à exorciser, et celle du patriarche qui reconnaît sa faute, et a bien du mal à savoir où il se situe dans cette histoire sordide. Doit-il souhaiter la punition du meurtrier de son fils cadet, quand cela entraînera à coup sûr la mort du fils aîné ? Doit-il réclamer châtiment, ou aider le fugitif ? Terribles hésitations…

Bientôt, le récit alterne entre la vie d’Elijah au Nord dans les années 1840 et le destin de son fils, au front, dans les années 1860 : reposant sur des descriptions précises et imagées, le récit nous entraîne dans une époque déjà lointaine, mais rendue vivante par la force de la fiction. Si le style se montre parfois un peu trop chargé, il se prête somme toute bien au propos, à la certaine solennité qui se dégage de l’intrigue. C’est un roman exigeant, à l’ambiance lourde, qui séduira sans nul doute les amateurs de littérature américaine un peu pointue.

Sécessions, Olivier Sebban. Rivages, 2016.

A propos Emily Costecalde 663 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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