Quelques minutes après minuit : un conte pour enfant et pas que !

CINÉMA — Un jeune garçon du nom de Connor est visité par un monstre quelques minutes après minuit. Ce monstre informe le garçon qu’il va lui raconter trois histoires. Et une fois qu’il aura terminé de raconter la troisième, le garçon sera alors dans l’obligation de raconter à son tour sa propre histoire. Voilà en quelques mots l’intrigue au cœur de l’adaptation de Juan Antonio Bayona du roman du même nom de Patrick Ness, un romancier anglo-américain spécialisé dans la littérature pour enfants. Mais plus qu’un simple conte, le film est une réflexion profondément touchante sur le deuil, l’aliénation et l’amour.

Connor O’Malley est l’enfant au centre de ce film, un garçon qui est trop ​​vieux pour être un bébé, mais trop jeune pour être un jeune homme. Chaque nouveau réveil est difficile pour Connor qui est victime d’intimidation à l’école, mais aussi particulièrement triste à la maison car sa mère est victime d’un cancer. Nous assistons ainsi à une scène ou Connor prend son petit déjeuner tout seul car sa mère est trop faible pour sortir de son lit. On peut alors se faire une idée de la solitude et du désespoir de notre jeune héros. Son père ne vit plus à la maison et la situation familiale oblige Connor à déménager, ce qui est source de colère et frustration pour le jeune garçon. Et la situation ne va que s’aggraver quand il est forcé de vivre avec sa grand-mère assez sévère, qui a du mal à faire face à ce qui arrive à sa fille, que le cancer éteint peu à peu.

Connor aime dessiner pour s’échapper dans un monde fantastique mais  si le jour est terrible, la nuit, elle, apporte ses propres terreurs…

Quelques minutes après minuit

Les deux premiers contes sont racontés par une série d’animation d’aquarelle en stop-motion, le premier tournant autour d’un prince et la fille d’un fermier, le second pourtant sur un homme et un apothicaire. Les deux histoires sont pleines de métaphores et de significations cachées, bien que leurs messages respectifs ne soient pas évidents sur le moment pour Connor.

Les belles couleurs des fables se superposent avec les couleurs sombres de la vie de Connor. Celle-ci devient de plus en plus difficile, l’intimidation monte d’un cran à l’école, et sa mère s’affaiblit à l’hôpital.

Il est parfois difficile de faire passer un message véritablement émotionnel dans un film pour enfants mais la magie et la majesté du monstre — une créature géante, qui ressemble à un arbre mais qui respire le feu et parle dans des tons apaisants (avec la voix de Liam Neeson en VO) — empêchent le film de tomber dans un trou noir de douleur.

La troisième histoire parvient à fusionner le fantasme de Connor avec la réalité dans une scène assez troublante ou le jeune garçon est méchamment fier de s’être vengé de ses bourreaux d’école. Enfin, et quand le garçon est prêt à parler de sa propre vérité, l’histoire devient peu à peu apparente, avec son propre schéma.

Quelques minutes après minuit

Le réalisateur nous présente le film du point de vue d’un enfant avec la caméra souvent hors de portée de la conversation des adultes. On nous ramène en enfance, avec toutes les insécurités et les craintes qui viennent avec une telle régression, mais celle-ci est loin d’être subtile. La musique du film, bien que réussie, est surtout là pour dicter les moment d’émotion, devenant exagérée dans les moments les plus émouvants du film.

Pour un public adulte, Juan Antonio Bayona ne réussit pas à maintenir un sentiment d’ambiguïté tout au long du film : est-ce que le monstre est réel, ou est-ce dans l’esprit de Connor ? Peut-être une projection de son subconscient qui est là pour le protéger ? Tous les indices sont là mais c’est au spectateur de se faire son propre avis.

Lewis MacDougall qui joue le rôle de Connor nous livre une belle performance, bien que le jeune garçon soit meilleur lors de l’interaction avec les humains que dans ses scènes avec le monstre, qui sont un peu surjouées. Ces humains sont quant à eux tout aussi bons, comme Felicity Jones très touchante dans le rôle de la mère de Connor qui lutte contre la maladie dans la force et la dignité. Toby Kebbell endosse les remords d’un père meurtri quand il se rend compte à quel point il a laissé son fils s’enfermer dans son malheur. Enfin, Sigourney Weaver nous délivre une performance nuancée, incarnant une grand-mère qui essaie désespérément de maintenir un visage courageux.

Il est difficile de savoir qui s’adresse le film. Le récit est souvent trop effrayant et émotionnellement complexe pour les jeunes, et un peu trop maladroit et lourd pour les adultes. Mais il aborde courageusement un sujet difficile avec grâce et sensibilité, et son message est profondément émouvant et touchant.

En salles depuis le 4 janvier.

A propos Kévin Costecalde 200 Articles
Passionné par la photographie et les médias, Kévin est chef de projet communication. En 2012, il a lancé le blog La Minute de Com, une excellente occasion selon lui d'étudier les réseaux sociaux et l'actualité. Curieux et touche-à-tout, Kévin aime les challenges, les voyages et l'ironie.

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