Dread Nation : des zombies à Gettysburg !

Dread Nation

YOUNG ADULT — Dread Nation est un roman qui bénéficie d’une jolie petite notoriété au sein de la blogosphère américaine, suffisamment en tout cas pour que quelques blogueurs français en aient entendu parler, alors que le titre n’est pas traduit à date dans notre belle langue. Il faut dire que le pitch est accrocheur : c’est un roman young-adult de zombies, dans un contexte post-guerre de Sécession. Oui, on peut le dire ainsi : Dread Nation est une uchronie où la guerre civile américaine a vraiment, vraiment mal tourné.

Évènement fondateur de la société américaine telle qu’on la connaît aujourd’hui (il suffit de voir les drapeaux sudistes quand le Capitole a été envahi récemment, ahem…), la guerre de Sécession marque vraiment un avant et un après dans l’histoire étasunienne, dans la vraie vie ET dans le roman de Justina Ireland. Dans l’uchronie qu’elle imagine, le conflit a été interrompu lorsque les morts ont commencé à se relever sur le champs de bataille pour venir bouffer les vivants. Charmant, n’est-ce pas ? L’héroïne, Jane, est née deux jours seulement avant que les zombies ne viennent chambouler l’Histoire. Née noire de la maîtresse de la plantation, elle manque de mourir plusieurs fois dans son enfance sans que les mort-vivants n’y soient pour rien. Bah oui, on est quand même dans le Sud des States dans les années 1860, période absolument charmante (non). A la fin du conflit, l’esclavage a été plus ou moins aboli pour être remplacé par une autre forme d’asservissement guère plus agréable à vivre : dès l’adolescence, les jeunes de couleur rejoignent des écoles de combat, puisque le gouvernement américain a décidé que s’il fallait que quelqu’un se coltine le problème des zombies, autant que ça soit les ex-esclaves. C’est ainsi que Jane a débuté à l’école de Miss Preston, où on lui apprend à la fois comment se battre et comment se comporter en société, afin qu’elle devienne le garde du corps d’une dame de la haute, à la fois capable de lui servir le thé et de lui sauver la vie si nécessaire. Et en ces temps troublés, soyons honnêtes : ça sera nécessaire.

Jane n’est pas super emballée par l’avenir qui se dessine devant elle, mais elle fait tout de même de son mieux pour décrocher son diplôme : mieux vaut être le garde du corps d’une lady plutôt que de rejoindre les patrouilles qui tendent de rendre les chemins autour de Baltimore un peu plus sûrs. À côté de ses études, elle accepte de donner un coup de main à un ex-petit copain en enquêtant sur la disparition étrange de familles de la région. Malheureusement pour la jeune fille, elle découvre un complot et en paie bien vite les conséquences…

Enfin, bien vite… Soyons honnête, j’ai trouvé que le livre mettait un peu de temps à démarrer. Mais une fois que les bases de l’intrigue sont posées, roulez jeunesse ! Le cadre du roman était très prometteur : dans quel monde évoluent les Américains une quinzaine d’années après la fin de la guerre de Sécession et l’invasion des zombies ? Est-ce la débandade générale ou ont-il réussi à sauver un peu les meubles ? Justina Ireland puisse dans ce concept très riche et en profite pour dresser un portrait peu reluisant du racisme institutionnalisé de l’époque. Déjà que ce n’était pas jojo dans les années 1880 pour de vrai, alors imaginez si en plus on rajoute des zombies… Entre ceux qui pensent que les Afro-américains sont génétiquement programmés pour buter du zombie, ceux qui croient que l’attaque des mort-vivants est un fléau divin parce qu’on a osé évoquer la fin de l’esclavage et ceux qui, de toute manière, se disent « plutôt eux que nous… » : c’est profondément odieux en tout point. Le personnage de Katherine, noire mais pouvant passer pour blanche, montre bien la différence de traitement entre l’une et l’autre, et c’est tout bonnement écoeurant.

Quid de Jane, donc ? Jane est ce qu’on peut appeler un personnage dur à cuir : elle ne se laisse pas faire, a du mordant, de la répartie, et elle sait se battre. On la suit avec plaisir car elle est combattive et drôle. Avec Kate, ce sont les deux personnages qui tirent vraiment leur épingle du jeu dans cette mêlée sanguinaire, et leur amitié, qui se développe selon le célèbre schéma « d’ennemies jurées à BFF », est vraiment chouette à découvrir.

En quoi c’est intéressant ? Eh bien, déjà, vous l’aurez compris : c’est divertissant. Mais au-delà de ça, c’est un portrait sans concession d’une Amérique gangrénée par le racisme, les préjugés et le sexisme (plus que par les zombies, au fond).

Dread Nation, Justina Ireland. Titan Books, 2019.

A propos Emily Costecalde 839 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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