Visages du livre #7 : Gabriel Lucas, attaché de presse et community manager freelance

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Sur Café Powell, nous avons décidé d’inaugurer un nouveau rendez-vous, intitulé « Visages du livre » qui nous permettra de mettre en lumière un métier du monde du livre, et plus tard, espérons-le, de la culture. Cette semaine, c’est Gabriel Lucas, attaché de presse, community manager et blogueur qui nous répond !

En bref, parles-nous un peu de ton métier ! Si tu devais le décrire à quelqu’un qui n’y connaît absolument rien, comment le pitcherais-tu ?

Alors ce sont plus DES métiers qu’un seul. Je suis à la fois attaché de presse pour plusieurs maisons d’édition jeunesse (actuellement Les éditions des éléphants, Élitchka, HongFei Cultures, Kilowatt, Père Fouettard et Winioux) et community manager pour l’école des loisirs. Et en plus de ça, il y a mon site, La mare aux mots. Pour la première partie, celle d’attaché de presse, je dois contacter les journalistes et les blogueur.euses pour faire en sorte qu’ils parlent des livres que je défends. Ensuite, il y a un travail de traitement des articles (les envoyer aux éditeur.trice.s, auteur.e.s, notamment). Pour ma casquette de community manager, c’est totalement différent (parfois, les gens pensent que c’est pareil !). Là, je dois trouver des idées pour animer les réseaux sociaux de l’école des loisirs. Ça va de la création de visuels, à trouver des idées pour mettre en avant certains livres, rebondir sur certains événements, créer des concours… L’école des loisirs me fournit pas mal de matière (que ce soit les attachées de presse qui m’envoient les articles, l’édito qui m’envoie des infos, les représentants qui me fournissent du matériel qui vient du terrain…) à moi ensuite de le traiter ! Je suis une sorte de rédacteur en chef. Pour la dernière partie, celle de m’occuper de La mare aux mots, je suis là aussi comme un rédacteur en chef. Je dois écrire des articles, mais aussi (et surtout) relire et corriger les articles de mes chroniqueuses (comme elles sont très bonnes, je n’ai pas beaucoup de boulot à ce niveau !). Mais il y a aussi la mise en ligne et puis la gestion de tout ce qu’il y a à faire sur un tel site (contact avec les maisons d’édition et avec les différents partenaires, répondre aux mails des lecteur.trice.s et plein de petites autres choses comme répondre à une interview pour Café Powell !)

A quoi ressemble une journée type de travail pour toi ?

Ce que j’aime… c’est qu’aucune journée ne se ressemble, il n’y a pas de journée type ! Je vais à l’école des loisirs en général deux fois par semaine et là je vais de bureau en bureau pour glaner des infos, le reste du temps (et même ces jours-là) je réponds aux journalistes qui m’écrivent « pour ma partie attaché de presse » des autres maisons, j’envoie les articles aux auteur.e.s et aux éditeur.trice.s etc. Et puis quand tout est bien fait, je m’occupe de mon site (qui passe désormais en dernier). Les journées sont bien remplies !

Quels ont été ta formation et ton parcours ?

Aucune formation en lien ! J’étais un peu allergique à l’école, j’ai fui très tôt (je suis parti bien avant le bac, en gros dès 16 ans, âge auquel on a le droit de quitter l’école) puis j’ai fait un BEP vente en formule accélérée quelques années plus tard, histoire d’avoir un diplôme. Après pas mal d’années en tant que vendeur (métier que je détestais) j’ai tout plaqué en 2008 pour être père au foyer, période pendant laquelle j’ai créé La mare aux mots… et après tout, s’est enchaîné !

Gabriel Lucas
Visuel : Jean-Luc Englebert

As-tu des conseils à donner à quelqu’un qui souhaiterait devenir également attaché de presse et/ou CM ? Conseillerais-tu le statut freelance ?

J’adore mon statut, j’ai tendance à le conseiller à tout le monde. Je suis totalement libre, je peux claquer la porte d’une entreprise où je me sens mal quand je veux (c’est arrivé), le fait de ne pas être salarié d’une seule boîte fait que je n’ai aucune monotonie dans mon travail et j’ai une grande liberté… mais il y a le revers de la médaille ! Je travaille 7 jours sur 7, souvent jusqu’après minuit… et je n’ai aucune sécurité de l’emploi ! Mes clients peuvent tous me « virer » du jour au lendemain et si par exemple je me casse les bras et je ne peux plus travailler… je suis très mal ! De plus, je n’ai pas d’assurance chômage ni d’assurance retraite ! Mais, j’adore ce statut… risqué, mais qui offre tant de liberté !
Des conseils pour être attaché de presse ou CM ? Je dirai être passionné par le domaine dans lequel on travaille, ça aide bien… Pour être CM il faut savoir bien s’exprimer, avoir une vraie disponibilité, savoir garder son sang-froid… après le reste ce n’est souvent qu’une histoire de rencontres !

Tu as choisi de travailler dans le milieu de l’édition jeunesse. Penses-tu que ton métier soit très différent de celui des attachés de presse et CM qui travaillent en littérature dite « adulte » ?

Difficile de comparer quand on ne connaît pas, mais je pense que oui. Il faudrait poser la question à quelqu’un qui a fait les deux, mais j’ai quand même l’impression que « chez nous » c’est plus fun, non ?

Quelles sont les idées reçues que tu entends le plus sur ton métier ? Celles qui t’énervent comme celles qui te font rire ?

Oh j’ai eu le droit souvent à « tu fais pas grand-chose de tes journées » (généralement par des gens avec des « horaires ») ou « tu es trop payé » (car les gens ne comprennent pas que ce que je facture ce n’est pas ce que je gagne). Ça ce sont évidemment celles qui m’énervent le plus (et celle que j’ai le plus entendu). Bon sinon, comme tous les CM j’ai bien entendu déjà eu le droit au fameux « quoi ? t’es payé pour aller sur facebook ? mais c’est le rêve ! » et qu’on me demande de réparer un ordi… On m’imagine geek… ce que je ne suis pas vraiment !

Quels sont tes livres de chevet ? Ceux que tu conseillerais absolument, comme ceux que tu lis en ce moment ?

Comme c’est difficile de répondre à cette question ! Je suis très fan de Jonathan Safran Foer (ça serait bien qu’il en écrive d’autres, d’ailleurs… Jonathan, si tu nous lis…). Bon et sinon, autant conseiller ceux que je lis en ce moment, car j’en suis définitivement fan : la trilogie d’Henning Mankell au Seuil Jeunesse (j’ai rarement lu des romans jeunesse aussi bien écrits) et les cousins Karlsson chez Thierry Magnier (une super série avec des cousins qui mènent des enquêtes).

Quel genre de lecteur es-tu en règle générale ?

Ça dépend des périodes, je lis généralement beaucoup… mais pas très vite ! Et comme en ce moment je suis très fatigué, je lis un peu moins. Je lis surtout dans mon lit et dans les transports (mais aussi… aux toilettes !)

Que penses-tu du paysage de la blogosphère actuellement ? As-tu observé de gros changements dans ta manière de travailler avec eux depuis le début de ta carrière ?

Je pense surtout que mon regard change, mais je ne sais pas… En tout cas, je trouve qu’il y a BEAUCOUP de blogs, certains très mal écrits par des gens qui se disent que c’est une bonne manière d’avoir des livres gratuits (je vais encore me faire des ennemi.e.s) et puis d’autres qui sont absolument géniaux, qui me rebooste quand je tombe dessus. Esthétiques, bien écrits, passionnants à lire. Ma « carrière » est courte, donc ça n’a pas trop bougé en fait !

Tu es le créateur du très bon blog jeunesse « La mare aux mots », devenu une référence en littérature de jeunesse. Est-il difficile de mener l’écriture d’un blog et le métier d’attaché de presse de front ? Comment vis-tu ce statut double ?

Déjà un grand merci pour ce compliment ! Tout l’argent que je gagne aujourd’hui (les millions) je le gagne grâce à ce site… même s’il ne me rapporte rien ! Toutes les maisons d’édition pour qui je travaille m’ont connu par La mare aux mots. Ce qui est difficile, déjà, c’est de trouver le temps, car j’ai « un » métier très prenant, comme je le disais. Mais ensuite, les choses ne sont pas si compliquées, car elles sont claires dès le départ : je ne chronique pas un livre d’une personne qui me paye. En gros, si je suis attaché de presse d’une maison (ou CM) je ne parle pas de leurs livres ! J’ai failli le faire au début, et c’est absolument impossible ! D’autant plus que sur La mare aux mots on dit toujours ce qu’on pense, vous me voyez dire d’un livre qu’il n’est pas bon… alors que je dis l’inverse aux journalistes ? Et puis ça évite la schizophrénie ! Par contre, il y a trois chroniqueuses sur La mare aux mots, elles, peuvent le faire… ou ne pas le faire ! Elles reçoivent les communiqués de presse exactement de la même manière qu’elles reçoivent les autres communiqués de presse, elles peuvent demander les livres ou ne pas les demander, elles peuvent les chroniquer ou ne pas les chroniquer et elles peuvent même en dire du mal (c’est arrivé !). Alors bien sûr, parfois, je m’exaspère de ne pas avoir de chronique, qu’on ne me demande pas un livre que j’ai adoré ou qu’on en dise un truc négatif… mais comme sur un autre site ! J’arrive vraiment à ne pas mélanger les deux… et heureusement (sinon La mare aux mots perdrait toute crédibilité, non ?).

Merci à Gabriel pour le temps qu’il nous a consacré !

A propos Emily Costecalde 649 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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