Le film qui a fait pleurer Barack Obama : Le Majordome

Aux États-Unis, avant même que le film de Lee Daniels ne sorte, on sentait que Le Majordome (The Butler en version originale) serait une petite bombe au cinéma. La bande-annonce passait en boucle à la télévision, et le casting, démentiel, promettait un film d’exception. Car Le Majordome réunit tout de même Forest Whitaker, dans le rôle titre, Oprah Winfrey, son épouse, Mariah Carey, sa mère (aperçue très brièvement au début du film), John Cusack, Robin Williams et Alan Rickman dans le rôle de trois des présidents américains, Lenny Kravitz en livrée de majordome, Jane Fonda en première dame…Et, bien-sûr, il y avait aussi le sujet du film : Le Majordome retrace la vie de Cecil Gaines, majordome de couleur à la Maison Blanche, de la présidence d’Eisenhower à celle de Reagan, avec, en filigrane, la lutte pour les droits civiques aux États-Unis.  Tout un programme !

Pour qui est féru d’histoire américaine, Le Majordome est un vrai plaisir. La lutte pour les droits civiques est retracée depuis ses balbutiements dans les années 50, avec l’affaire Emmett Till et l’abolition difficile de la ségrégation en 1954 jusqu’à l’élection de Barack Obama, premier président Afro-américain en 2008. Cecil Gaines est touché personnellement par la lutte des droits civiques : il a grandi dans le sud profond, dans une plantation de coton qui n’a pas tellement évoluée depuis l’abolition de l’esclavage en 1865. Au tout début du film, la mère de Cecil est violée par le « maître », et son père est abattu sous ses yeux. Nous sommes en 1926, pourtant l’héritier de la plantation peut toujours faire ce qu’il veut sur ses terres, y compris tuer impunément. Cecil est pris en pitié par la mère du tyran, qui lui apprend à « nègre de maison ». De fil en aiguille, Cecil devient majordome et quitte le sud pour Washington où, si les Afro-américains vivent à peu près en paix sans craindre d’être lynchés pour un regard de travers, ils vivent toujours sous le joug de la ségrégation. Alors que Cecil arrive à la position enviée de majordome à la Maison Blanche, son fils s’engage dans la lutte pour les droits civiques, et subit arrestations sur arrestations. Le jeune homme est battu, humilié : il manque de perdre la vie dans l’incendie d’un bus par le Klu Klux Klan, mais il ne renonce pas. Entre le père, obligé de taire ses convictions politiques du fait de sa fonction, et le fils ultra-politisé, les relations sont tendues. Entre les deux, Gloria (Oprah Winfrey), l’épouse de Cecil, essaie de faire le lien mais souffre de l’absence de son époux, plus présent à la Maison Blanche que dans leur foyer. Alors que Cecil voit se succéder les présidents, sa relation avec ses proches se délite progressivement. Témoin privilégié de l’histoire, il assiste aux réactions très diverses des présidents face au mouvement des droits civiques et aux émeutes qui en découlent : il s’attache à Kennedy, qui sera à l’origine du Civil Right Act de 1964, qui donnera aux citoyens noirs les mêmes droits qu’aux blancs, même si Kennedy, abattu en 1963, n’en verra pas l’aboutissement. Cecil est là à tous les grands moments de cette moitié de siècle : il assiste à l’arrivée de Jacky Kennedy, dans son tailleur rose maculé de sang, après l’assassinat de son époux, il est également là quand Nixon se morfond après le scandale du Watergate. Pendant ce temps, son fils assiste à la radicalisation du mouvement pour les droits civiques, quand naît le mouvement des Black Panthers, et proteste aux côtés de Martin Luther King contre la guerre au Vietnam.

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Malgré tout, Cecil Gaines arrive à recréer un semblant d’unité familiale et réussit à rester le témoin silencieux de l’histoire américaine, sans jamais juger le président en place. Il devient pour chaque dirigeant un soutien infaillible, et, comme lui dit Nancy Reagan, il fait « partie de la famille ».

Ce film est servi par le jeu impeccable des acteurs : le couple Gaines, incarné par Forest Whitaker et Oprah Winfrey est remarquable. Forest Whitaker est très digne, et Oprah arrive à retranscrire toute l’émotion et la fragilité de son personnage, démunie face aux combats des hommes de sa vie. Le Majordome montre avec efficacité l’évolution des mentalités et des mœurs pendant près de quatre-vingt ans et pointe du doigt le racisme qui sévissait encore dans la vie de tous les jours il y a quelques décennies. Lee Daniels fait preuve d’une grande habilité et évite les écueils habituels du film historique, donnant juste assez d’éléments historiques pour ne pas ennuyer le spectateur, tout en lui permettant de se situer dans le temps. Le film reste cependant complexe et dense, mais jamais indigeste.

Le Majordome, de Lee Daniels. En salles depuis le 11 septembre 2013.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 667 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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