Il pleuvait des oiseaux : de l’émotion à chaque page

Il pleuvait des oiseaux : le titre est poétique, mais la réalité qu’il recouvre est pour le moins tragique. Le roman de Jocelyne Saucier court d’ailleurs toujours sur le fil du tragique : il émane de ce texte une émotion sourde, éternelle, celle d’un drame ancien, mais toujours à vif.

Autrefois, de grands et terribles incendies ont ravagé le nord de l’Ontario : les grands feux ont rayé des villages entiers de la carte, ont décimé des familles, et ont profondément et durablement marqué les esprits.  Près de quatre-vingt ans plus tard, les survivants évoquent des scènes d’horreur, quand, poursuivis par un feu vorace, ils n’ont dû leur salut qu’à un plan d’eau providentiel…

Une photographe, fasciné par ces incendies, court de vieillard en vieillard, prenant en photo ces visages ridés, ravagés et écoutant leurs histoires, toutes plus terribles les unes que les autres. Au fil du récit, le lecteur se figure des scènes improbables et marquées du sceau de l’horreur, ici un homme immergé dans la boue pour se protéger des flammes, là une famille entière étouffée dans sa cave… De toutes les histoires qu’entend la photographe, un récit, presque une légende, émerge : celle de Ted, Ed, ou Edward (les survivants ne sont pas sûrs) Boychuck, l’adolescent aveugle qui a marché dans les braises pendant six jours…

Pour rencontrer Boychuck qui s’est retiré dans la forêt, la photographe s’enfonce dans les bois. Elle découvre deux vieillards, mais point de Boychuck, fraîchement décédé. Pourtant, la quête de la photographe ne s’éteint pas sur cette piste désormais froide. Elle se prend d’amitié pour les deux ermites, dont la retraite sera bientôt troublée une deuxième fois, quand arrive la vieille Marie-Desneige, fragile comme un oisillon tombé du nid…

Il pleuvait des oiseaux

C’est un magnifique roman que nous offre Jocelyne Saucier, une plongée intense et touchante dans la verdure et la solitude des forêts canadiennes, auprès d’hommes qui ont décidé de se libérer de toute attache, d’être totalement libre, loin du gouvernement et du monde. Sous le couvert des arbres, les pieds dans une neige fraîche et immaculée, vivent deux vieillards profondément émouvants, des histoires plein la bouche. Les récits patinés des grands feux sont passionnants à découvrir, ils s’entremêlent avec comme point de convergence Boychuck, l’adolescent qui marche dans les ruines de l’Ontario. Les scènes décrites par Jocelyne Saucier sont douloureusement réalistes, saisissantes de vérité. Le récit fait preuve d’une grande force visuelle. L’incendie était tellement terrible qu’il pleuvait des oiseaux…

A cela s’ajoute une galerie de personnages vraiment réussie… celui qui émerge du lot étant bien sûr le seul que le lecteur ne rencontre pas, le fameux Ted Boychuck, décédé au début du récit. Il se raconte par le biais de ses amis Charlie et Tom, les vieillards chenus de l’ermitage, et par tous les récits de survivants… Autre personnage qui marque durablement les esprits, Marie-Desneige, vieille femme lumineuse et fragile, qui a passé soixante-six ans de sa vie en asile psychiatrique, et qui ne vit vraiment à quatre-vingt ans passés…

Il pleuvait des oiseaux est un roman à découvrir sans attendre. Superbe !

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier. Folio, 2015.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 664 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

4 Commentaires

  1. Le titre du livre m’a donné envie de cliquer depuis FB mais ta chronique (très bien écrite) donne envie de lire ce livre. Et comme c’est un poche, dans la wish-list directement ! 🙂

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