Royales : 16 princesses pour le prix d’une !

Royales, Camille Versi, Hachette
La première Victoria !

ROMAN ADO — Dans la foulée de la frénésie Royal Baby sur les réseaux sociaux, nous nous sommes penchés sur Royales, un roman jeunesse qui imagine la monarchie britannique d’ici quelques décennies, une monarchie prête à tout pour paraître irréprochable aux yeux du public, y compris à se résoudre… au clonage.

La reine Victoria II d’Angleterre règne depuis de nombreuses années sur un pays troublé. Elle n’a que deux héritiers, son fils, le prince de Galles, et sa petite fille, Margaret. Âgée de dix-huit ans, celle-ci est une jeune fille accomplie, aussi bonne en escrime ou en équitation qu’en géopolitique ou en littérature. Elle est gracieuse, aimable, et fort jolie. Le peuple l’admire, et l’aime.

Mais Margaret est en réalité une fiction : elle n’existe pas, enfin… pas vraiment. Pour l’incarner, seize clones se relaient, chacun d’entre eux ayant sa spécialité. Margaret-May, l’héroïne, a comme domaine de prédilection la littérature, une spécialité qui ne la met pas spécialement sous le feu des projecteurs, contrairement au clone qui brille en interview, ou à celui qui monte à cheval avec brio. Mais ce qu’elle ignore, c’est que la reine a des projets bien spécifiques pour elles toutes… à commencer par une sélection drastique visant à réduire le nombre de clones Margaret à seulement quatre.

Dissimulations, secrets, éthique douteuse… Royales place ses seize clones dans une position difficile : incarner un rôle de manière irréprochable, tromper l’entourage de la princesse, ainsi que le public, puis regagner l’ombre d’un bunker secret quand le tour d’une autre est venu. May a toujours connu cette vie, mais deux rencontres vont la lui faire reconsidérer. Ce petit journaliste audacieux, déjà, qui fait bien rapidement battre son coeur. Puis le comte d’Essex, que la reine veut unir à sa petite fille… et qu’il va donc falloir manipuler à cette fin. Quand la perspective d’un choix parmi les clones devient une réalité, May se doute que les filles qui ne seront pas choisies seront au mieux enfermées à vie, au pire exécutées. La situation devient vite intenable pour notre idéaliste, qui, bercée par les plus belles pages de la littérature, ne jure que pas les bons sentiments et la camaraderie.

Royales, Camille Versi, Hachette

Voilà un roman honnête, parti d’une idée de départ intéressante et osée : bien sûr, on ne coupe pas aux habituels poncifs du genre, tels la romance qui s’emballe très vite (entre la princesse et le manant, qui plus est !) et le spectre d’un triangle amoureux, vite désamorcé heureusement. Mais si on soupire face à l’histoire d’amour de May et de son journaliste, on s’intéresse en revanche bien plus aux manigances de la reine, même si elles sont parfois un peu grossières. La rivalité entre les clones est elle bien exploitée, et si toutes ne se distinguent pas de leurs comparses, certaines émergent du groupe : paradoxalement, May n’est probablement pas la plus intéressante, tant elle est pétrie de bons sentiments, et donc un peu niaise. On aurait bien voulu en savoir un peu plus sur sa compagne prête à tout, Gisele, même si ses manoeuvres pour rejoindre le quatuor de tête ne sont pas toujours très malines…

On ne boude cependant pas notre plaisir avec ce roman tout à fait divertissant et plutôt original. Malgré quelques faiblesses, qu’on pardonne bien volontiers car il s’agit d’un premier roman, Royales nous a plu, et on quitte son univers avec une pointe de regret, car on aurait bien voulu savoir ce qui arrive après…

Royales, Camille Versi. Hachette, mars 2018.

A propos Emily Costecalde 646 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.