Dans le rétro : Va et dis-le aux chiens

Va et dis-le aux chiens, Isabelle Coudrier

ROMAN FRANCOPHONE — Il y a dix ans, je découvrais Va et dis-le aux chiens, une histoire d’amour peu commune entre deux personnalités complexes et pas très douées pour les sentiments.

Elle est passionnée de mathématiques et prépare l’agrégation. Il est polytechnicien, mais souhaite en réalité devenir critique de cinéma. Sylvia et Louis sont encore étudiants quand ils se rencontrent aux hasards de leurs sorties dans le Paris des années 90. L’un comme l’autre sont incapables d’aimer « simplement ». L’amour est pour elle une chose plus abstraite que la quadrature du cercle. Pour lui, la passion n’existe qu’au cinéma. Pourtant, entre eux va naître une étrange alchimie, et se créer une histoire peu ordinaire…

Huit cent pages…qui se dévorent ! Isabelle Coudrier parvient à nous attacher pendant huit cent pages au destin de deux personnalités à la psychologie fouillée, et aux sentiments compliqués. Ce qui est remarquable, car au fond, les deux personnages en question ne sont pas forcément les personnes les plus agréables du monde : elle est casanière, froide et insolente, il est ambitieux, orgueilleux, parfois méchant. Plusieurs fois, l’un ou l’autre nous exaspère ou nous agace… Pourtant, le lecteur se passionne pour leur rencontre, et leur histoire tortueuse, semée d’embûches. Une étrange histoire d’amour, ou le mot « amour » n’est jamais prononcé et où le sentiment lui-même semble bien compliqué.

Au fil des pages, nous découvrons tout des personnages, qui s’expriment parfois à la première personne : en Sylvia, nous découvrons une fille unique perdue dans ses rêves, tombée dans le cinéma un peu par hasard, et dont la véritable passion est l’étude des mathématiques. Louis, lui, se révèle comme un garçon torturé, à l’histoire familiale tragique et à l’ambition démesurée. Et autour d’eux, le monde du cinéma, qui les a rapprochés. Avec les héros, vous irez à Cannes, et assisterez à de nombreux films ! Vous découvriez aussi les coulisses de l’écriture d’un film, et dans le secret d’une revue de cinéma.

Ce qui séduit, c’est avant tout l’aspect complet du roman : l’on finit par très bien connaître Louis et Sylvia, à travers de nombreuses digressions dans leur passé. Pourtant, ils gardent ce côté imprévisible terriblement humain. Leur histoire est compliquée, certes, mais tellement ancrée dans le réel. C’est pour moi un roman coup de cœur, dans lequel on peut rester plonger des heures durant sans lever le nez.

Va et dis-le aux chiens, Isabelle Coudrier. Fayard, août 2011.

Note de la rédaction : cet article fait partie d’une série de chroniques réalisées au début des années 2010 par Emily, publiées sur différents supports, mises hors-ligne et rapatriées sur Café Powell près de dix ans plus tard. Mais les coups de coeur ne prennent pas une ride, pas vrai ?  

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Noël en février, Sylvia Hansel, Rue Fromentin

 

A propos Emily Costecalde 775 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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