Léa, une passion pour la musique

” Combien de fois me suis-je demandé ce que ma fille serait devenue si nous n’avions pas fait cela ! Si le hasard ne nous avait pas fait entendre ces sons. La fascination qu’exerçait sur elle le son du violon aurait-elle triomphé à une autre occasion, sous une autre forme ? Quel autre événement aurait pu la sauver de sa tristesse paralysante ? Son talent serait-il apparu en tout cas ? Ou serait-elle devenue une écolière ordinaire, rêvant d’un métier ordinaire ? Et moi ? Où serais-je aujourd’hui, si je ne m’étais pas trouvé devant l’exigence immense du talent de Léa face à laquelle je n’étais absolument pas à la hauteur ? […] Tout aurait pu bien tourner, je pense, si nous ne nous étions pas engagés tous les deux, ce jour-là, dans cet escalier roulant “.

De cet auteur, Train de nuit pour Lisbonne est le titre le plus connu. Cependant, il faut parfois savoir sortir des sentiers battus, suivre les conseils d’un ami ou connaissance et lire des livres peu connus. Cette histoire débute un peu par hasard, alors que deux hommes se rencontrent en pleine Provence. Ils deviennent très vite complices pour des raisons que le lecteur doit découvrir par lui-même. Ils vont s’écouter, se raconter leurs histoires respectives et tout particulièrement celle de Martijn et de sa fille, Léa. A 8 ans, alors qu’elle vient de perdre sa mère, Léa se découvre une passion pour le violon et cela va devenir une véritable obsession.

Léa, Pascal mercier

Dès qu’elle commence à prendre des cours, Léa devient vite excellente et donne des concerts… jusqu’à ce qu’elle doive changer de professeur. La faille. La blessure au plus profond de soi. Ce qui ne devait pas arriver pour ne pas que Léa s’effondre une nouvelle fois. Tout est annoncé dès les premières pages mais notre cœur se sert au fur et à mesure que ce naufrage sentimental et familial se déroule. Ce père qui voit sa fille devenir folle et ne peut rien y faire.

Ce roman bouleversant est parfaitement servi par le style exigeant, travaillé, distant, de Pascal Mercier.  Pas de mélodrame. Pas de facilité. Juste une description simple et direct, sans détours.

L’intérêt du récit de Martijn et ce qui lui donne sa gravité, c’est qu’il raconte leur vie rétrospectivement, en sachant où cette passion a mené Léa, dont il révèle l’avenir à petites touches. Au départ le père est heureux que sa fille ait trouvé une manière de revivre, retrouvant ainsi la joie de vivre qui l’avait quitté à la mort de sa mère. Mais petit à petit, une certitude se met à poindre en lui.

La musique occupe une place majeure dans Léa en tant qu’actrice du drame. Comme dans L’accordeur de piano , son rôle est ambigu. Elle a le pouvoir inouï de ramener à la vie des personnages blessés (l’accordeur de piano, Léa). Pourtant, le refuge devient prison. La musique impose une exigence sans bornes et alimente les désirs mortifères de réussite. Dans la mesure où elle est un moyen privilégié pour exprimer des sentiments, elle détourne les personnages de la parole. Elle engendre de l’incompréhension entre eux, en même temps qu’un immense désir de communion. Leurs passions sont réveillées, sans que les personnages ne reçoivent l’instrument pour les maîtriser : l’accordeur de piano ira jusqu’à tuer et Léa perdra la raison.

Léa, Pascal Mercier. 10/18, mars 2012.

Par Elora

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