Blood Family, terribles liens du sang…

Blood Family, Anne Fine, L'école des loisirs

ROMAN ADO — La réputation d’Anne Fine en littérature de jeunesse n’est plus à faire : avec doigté, et justesse elle sait aborder les thèmes les plus difficiles, et le prouve une nouvelle fois avec Blood Family. On se souvient, bien sûr, de l’inoubliable Madame Doubtfire, qui parlait aux enfants du divorce des parents, et qui fut immortalisée au cinéma sous les traits de Robin Williams.

Dans Blood Family, Anne Fine questionne la force des liens du sang, l’hérédité, et la difficulté de se reconstruire après une petite enfance traumatisante. Elle nous conte l’histoire d’Edward, un petit garçon de sept ans sauvé par les services sociaux. L’enfant n’a pas mis le nez dehors depuis des années, séquestré avec sa mère par Harris, une brute épaisse très portée sur l’alcool. Après des années de violence conjugale, la mère d’Edward a peu à peu perdu pied et n’est plus en mesure de s’occuper de son fils. Edward est donc placé en famille d’accueil, avant d’être adopté. Les années passent, et Edward semble parfaitement heureux… jusqu’au jour où il est brutalement rattrapé par le passé.

Blood Family, Anne Fine, L'école des loisirs

L’histoire d’Edward est terrible : à sept ans, le petit garçon a observé, jour après jour, Harris,le compagnon de sa mère la frapper sans répit, et la priver peu à peu de sa santé mentale. Contraint de dormir sur une couverture dans un coin du salon, avec la chienne d’Harris, le petit garçon ne connaît de l’extérieur que ce qu’il observe par la fenêtre, et ce qu’il voit dans une vieille émission télévisuelle pour enfants, enregistrée sur cassette et animée par le bienveillant Mr Perkins. Par le biais de plusieurs personnages, du travailleur social qui suit le parcours d’Edward à la famille d’adoption qui l’accueillera, en passant par sa psychologue, sa famille d’accueil ou sa sœur d’adoption, nous suivons sa nouvelle vie loin de son bourreau.

Mais à l’adolescence, Edward réalise que l’homme qui brutalisait sa mère était très vraisemblablement son père, et se met à redouter de lui ressembler un jour. Pour le jeune garçon, cette révélation est terrible et va l’entraîner sur la mauvaise pente.  Est-il destiné à devenir alcoolique et violent, une bête ?  Est-ce inévitable ? Le lecteur, le cœur serré, le regarde sombrer peu à peu… A la peur de croiser Harris dans la rue s’est substituée une terreur plus vicieuse, plus odieuse encore : celui de le retrouver un jour dans le miroir. Pendant tout le roman, plane la peur du retour de cet homme, son ombre semble perpétuellement suivre Edward : bien qu’absent du déroulé du roman, Harris est terrifiant.

Faire de Blood Family un roman choral était une idée brillante : en multipliant les points de vue, Anne Fine nous permet d’avoir une vue global de la situation complexe d’Edward, mais cette précision et cette appréciation omnisciente augmentent l’aspect terrible de l’histoire d’Edward, et, par ricochet, le mal-être du lecteur qui se sent impuissant et n’aimerait qu’une chose, pouvoir réconforter le personnage principal. C’est un roman difficile, mais porteur d’espoir, et on ressort de cette lecture grandi. Car, en effet, s’il y a une leçon à tirer de Blood Family, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être lié par les liens du sang pour former une famille… et que l’hérédité ne fait pas tout, fort heureusement.

Blood Family, Anne Fine. L’école des loisirs, 2015. Traduit de l’anglais par Dominique Kugler.

A propos Emily Costecalde 664 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

1 Commentaire

  1. Je ne te remercie pas pour cet article, à cause de toi, je vais devoir dévaliser ma banque une fois de plus pour m’acheter ce livre!!! ^^

    En tout cas ton article donne envie 🙂

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