Avec un peu de chance : un premier roman virtuose !

Avec un peu de chance, Julianne Pachico, Plon

PREMIER ROMAN — Si je vous dis Colombie, à quoi pensez-vous ? Au narcotrafic, aux FARC, à Shakira, à Escobar ? Maintenant, vous songerez peut-être en prime au roman de Julianne Pachico : Avec un peu de chance. Premier roman très réussi, ce récit choral nous entraîne dans ce pays que l’on connaît peu, sur près de deux décennies, dans un va-et-vient temporel vraiment intéressant.

Le récit met en scène plusieurs personnages, qui n’ont, à priori, pas grand chose en commun, si ce n’est d’évoluer dans le même espace-temps. Mais au fil des pages, le lecteur assemble les pièces du puzzle et commence à saisir le paysage d’ensemble, les relations entre les uns et les autres. Le premier roman se fait alors virtuose, aussi maîtrisé que des romans d’auteurs plus confirmés. L’adolescente seule dans la villa familiale, le prof prisonnier dans la jungle, une jeune Colombienne exilée à New York, la bonne qui astique les meubles des nantis… tous font partie de la toile savamment tissée par Julianne Pachico.

Avec un peu de chance, Julianne Pachico, Plon

Alors qu’il s’émerveille de la maîtrise avec laquelle elle tisse son intrigue et noue des liens entre des personnages, le lecteur découvre les différentes facettes du quotidien d’un pays instable et dangereux, dans lequel une fête peut virer au chaos le plus extrême, où la tranquillité n’est qu’une bulle illusoire. Derrière le faste des villas et les fiestas débridées se dissimulent les trafics en tout genre, le danger, la mort. La nature se fait hostile. Le portrait est donc peu reluisant. Les personnages, quand ils le peuvent, cherchent à fuir. Et pourtant, c’est là un très beau roman, dont les chapitres pourraient presque être des nouvelles à part entière. Mention spéciale pour les lapins drogués (oui, oui, vous avez bien lu). Chacun a son ton propre, et une narration plus ou moins haletante. On tremble pour Stéphanie, seule dans sa maison, dans un chapitre au calme presque surnaturel, on observe avec attention la folie progressive du professeur prisonnier des trafiquants, on cherche à cerner la personnalité trouble et étonnamment charismatique de Mariela, un des personnages clés du récit. C’est bien joué !

Avec un peu de chance, Julianne Pachico. Plon, mai 2018. Traduit par Séverine Weiss.

A propos Emily Costecalde 646 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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