La Vraie Vie

La Vraie vie, Adeline Dieudonné, L’Iconoclaste

LITTÉRATURE BLANCHE — Avant même sa parution, le 29 août aux éditions de l’Iconoclaste, le roman d’Adeline Dieudonné était parmi les favoris de la rentrée littéraire. Une semaine après, il était sacré “Meilleur premier roman de la rentrée” par la Grande Librairie, excusez du peu. Alors nous aussi, on a eu envie de découvrir la vraie vie !

Imaginez un lotissement sorti de terre il y a quelques décennies, avec des bâtiments prototypes jamais reproduits – on l’appelle d’ailleurs le Démo. Dans ce lotissement, un pavillon qui ressemble à s’y méprendre à ses voisins. Ou presque. Car chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres.
Imaginez le père, chasseur de gros gibier. La mère, aussi saillante qu’une amibe, totalement soumise à son butor de mari. Les enfants qui se développent comme ils peuvent.
Les seules activités un peu amusantes dans le Démo sont les parties de jeu du samedi dans la décharge, et la visite du glacier qui recouvre clandestinement ses cônes de chantilly.
Et puis, un soir, un violent accident vient faire bégayer le présent. Traumatisé, et on le serait à moins, Gilles ne rit plus. Et elle, du haut de ses dix ans, trouve une solution imparable : il faut remonter le temps, revenir avant cet instant fatidique, empêcher Gilles de se transformer, jour après jour, en un double plus cruel et moins lui. Il faut effacer cette vie ratée et revenir à la bonne, la vraie. Coûte que coûte !

Indéniablement, le roman est porté par son héroïne – dont on ne connaîtra jamais le prénom – que l’on suit de sa préadolescence à son adolescence, embarquée dans sa quête de changer le cours du temps. C’est une jeune fille solaire, pleine d’idées et d’idéaux, fascinée par les sciences, à laquelle il est extrêmement facile de s’attacher. Page après page, on découvre le quotidien sordide auquel elle est livrée et l’escalade de violence qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Sans grande surprise, la violence latente est présente dès l’entrée du pavillon, car le père ne retient ni ses mots, ni ses coups, et semble disposé à dresser son fils à marcher dans ses pas. Mais pas sa fille, évidemment, qui prendra peu à peu le chemin de la mère, la figure qui encaisse les coups durs sans mot dire.

Or, l’ennui, c’est que passé cette violence omniprésente, on reste un peu sur sa faim… L’ensemble est extrêmement prévisible et il ne faut pas plus de quelques chapitres pour comprendre que non seulement quelque chose dysfonctionne violemment dans cette famille, mais qu’en plus ce n’est pas près de s’arrêter. L’histoire volontiers elliptique accentue cette impression de répétition des motifs.
Le récit est rythmé par l’été, qui revient très souvent et nous permet de mesurer l’évolution des personnages. Heureusement, d’ailleurs, car leurs actes et expressions varient si peu qu’il eût été difficile de mesurer plus sérieusement leur avancée en âge…

Alors, quoi ? Alors, il faut reconnaître que passé un certain point, la lecture devient dangereusement addictive. Car on finit par perdre pied dans ce tourbillon de violence domestique, on entrevoit quelques péripéties, tout en pensant que non, ça ne peut tout de même être aussi sordide que ce que l’on envisage… et de découvrir que si si, c’est possible, et cela peut même s’avérer pire que ce qu’on imaginait. Il est difficile de se dire que le roman ne traite jamais que de violence gratuite mais ordinaire, banale… car le quotidien des personnages est d’une insupportable brutalité. Qui fascine autant qu’elle écœure, et fait tout le sel de ce roman.

La Vraie vie, Adeline Dieudonné. L’Iconoclaste, 29 août 2018.

A propos Oihana 518 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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