Les Manigances de Margaux : cosy mystery moderne !

LITTÉRATURE CONTEMPORAINE — Caroline Kant a longtemps vécu à Paris, dans un immeuble de la rue Cavendish… qui l’a largement inspirée pour sa série éponyme, dont on découvre aujourd’hui le premier volume, Les Manigances de Margaux. 

Margaux, la vingtaine, se remet difficilement de sa rupture avec Elliott, son amour de lycée (qui l’a plaquée pour une insipide voisine). Elle s’installe dès lors dans l’appartement inoccupé de son oncle Aurélien, dans le quartier des Buttes-Chaumont, rue Cavendish. Impossible de s’y ennuyer ! Entre la concierge revêche qui exige d’être appelée Madame Nathalie, le vieux fou du 2e, l’insupportable gamine du 4e qui fourre son nez partout, Margaux trouve à peine le temps de se retrouver en se vautrant devant ses films d’horreur fétiches. Heureusement pour elle, elle lie connaissance avec quelques autres voisins : Charlotte (la mère de l’insupportable gamine, justement…), Markus et Jérôme, Victoire, sa voisine violoniste, sont toujours présents pour débriefer autour d’un bon verre, et remettre Margaux sur les rails. Surtout lorsque celle-ci rencontre inopinément le beau gosse de l’immeuble d’en face… qui ne semble pas insensible à son charme ! Tout se complique lorsque Margaux identifie des bruits inquiétants venant de l’appartement au-dessus. Les voisins se disputent-ils violemment ? La voisine (enceinte !) est-elle copieusement battue par son mari ? Margaux décide alors de mener l’enquête… contre l’avis de tout son entourage, et quitte à se mettre elle-même en danger !

Voilà une série de romans à la construction originale ! Puisque le personnage principal de la série… n’est autre que l’immeuble de la rue Cavendish lui-même ! Chaque tome est alors consacré à l’un des occupants de l’immeuble, ce qui permet de lire chaque opus indépendamment des précédents… le tout formant un ensemble cohérent.

Caroline Kant nous plonge dès les premières pages dans la vie de son héroïne, dont on comprend très vite qu’elle n’emménage pas seule dans son appartement, tant les occupants de l’immeuble ont l’habitude de vivre les uns sur les autres, en fourrant leurs nez dans les affaires des autres (pour le meilleur, comme pour le pire). De fait, cette permanente tentation des uns et des autres à se mêler de ce qui ne les regarde pas déteint assez vite sur Margaux, qui laisse libre cours à ses préoccupations, après avoir remarqué que la voisine du-dessus ne donne plus signe de vie. Son entourage, dans le déni, l’enjoint de laisser tomber et de se mêler de ce qui la regarde – et tant pis si la pauvre voisine est de toute évidence en détresse !

Parallèlement à ce qui préoccupe la protagoniste, l’autrice évoque quelques sujets de société : évidemment, la rupture amoureuse et la difficulté à rebondir après sont au centre du récit, mais il est aussi question de violence domestique,  d’esclavage moderne, du maintien à domicile des personnes âgées et d’amitié intergénérationnelle. Et c’est peut-être là que le bât blesse un peu. Si l’enquête est assez prenante dès le début, et le mélange des genres intéressant, les sujets sont malheureusement un peu survolés, notamment celui de la violence domestique et de l’esclavage moderne, qui auraient pourtant dû être un peu plus centraux. De même, les liens entre les habitants, très forts, tissent des arcs narratifs secondaires qui ne sont pas tous aboutis, ce qui donne l’impression que certaines parties de l’intrigue sont conclues un peu à la va-vite. Et c’est dommage, car la lecture est, à côté de ça, très prenante, sans doute en raison de la plume fluide de l’autrice !

Les Manigances de Margaux est donc un cosy mystery moderne, dans un environnement parisien parfaitement retranscrit. Le style fluide, la légèreté de l’intrigue et des personnages rendent la lecture très aisée. Au fil des pages, on s’attache aux habitants de l’immeuble, ce qui donne particulièrement envie de lire, malgré les quelques faiblesses citées de cet opus, les autres volumes de la série. Le deuxième (ou le premier, puisqu’on peut les lire dans l’ordre qu’on veut !), Charlotte se cherche, est d’ores et déjà disponible en librairies !

L’immeuble de la rue Cavendish : Les manigances de Margaux, Caroline Kant. Les Escales, 7 avril 2022. 

A propos Oihana 667 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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