La Résurrection de Joan Ashby : femme, mère, autrice, qui est Joan Ashby ?

ROMAN — Récit dense et complexe qui aborde à parts égale la création littéraire et la maternité, La Résurrection de Joan Ashby est un premier roman ambitieux et aussi impressionnant que le sont les recueils que l’héroïne, Joan Ashby, publie. Ce n’est pas un vain compliment quand on songe que dès les premières pages, Cherise Wolas s’attache à nous décrire cette jeune femme comme une jeune prodige des lettres américaines. Coupures de presse et extraits desdites nouvelles servent à nous convaincre et posent un mystère que le roman devra démêler : pourquoi après la publication de deux livres encensés par la critique et le public Joan Ashby s’est-elle brusquement retirée de la scène littéraire ?

Joan Ashby a toujours voulu devenir autrice, elle avait à la fois la volonté et le talent pour y parvenir. La publication de deux recueils de nouvelles, primés et portés aux nues par la critique ont lancé la jeune femme dans le milieu. La parution d’un roman devait terminer d’asseoir cette jeune notoriété. Mais ce roman n’est jamais sorti.

La jeune femme qui s’était promis de ne jamais rien laisser la détourner de la littérature tombe amoureuse d’un jeune médecin prometteur, Martin, et bientôt, alors qu’elle avait juré ne jamais avoir d’enfants, elle se découvre enceinte. La voilà alors à la croisée des chemins : garder l’enfant, et ne plus pouvoir consacrer ses journées entières à l’écriture, ou avorter, et retourner à une vie solitaire mais productive à New York. Elle garde l’enfant. Les années filent. Elle ne publie plus rien, absorbée par sa vie de famille.

La Résurrection de Joan Ashby, Cherise Wolas

C’est un roman passionnant, rendu dense par les nombreuses incursions que l’autrice fait dans les écrits fictifs de son personnage : extraits de nouvelles, romans, étude du processus créatif, réflexions sur ce que représentent l’écriture et la lecture… En parallèle, Cherise Wolas décrit avec brio cette maternité non désirée, subie, ambivalente, et pourtant pleine d’amour : car si Joan avait envisagé très sérieusement d’avorter, elle aime finalement son fils de tout son coeur, et se découvre de nombreux points communs avec cet enfant que l’on suit de l’état d’embryon jusqu’à l’âge d’homme. Au final, Joan ne voulait pas être mère : mais malgré tout, elle aura été une bonne maman. La maternité est aussi utilisé comme métaphore de la vie littéraire : la gestation est longue, l’accouchement est compliqué. La littérature se mérite.

Le récit bascule brusquement à la moitié du roman : alors que ses enfants grandissent, Joan renoue enfin avec la création littéraire. Mais lorsqu’enfin, elle se décide à faire publier son travail, elle connaît une grave crise dans sa vie, une trahison qui chamboule tout ce qu’elle a construit en plus de vingt ans. La seconde moitié du roman s’attache donc à montrer la résurrection dont parle le titre : le récit se fait intensément psychologique, riche en introspection et en réflexion sur qui Joan est vraiment. C’est très finement fait, et brillamment montré.

Au final, La Résurrection de Joan Ashby n’est pas de ces romans que l’on peut dévorer d’une traite : il se savoure, et se laisse reposer afin d’être pleinement apprécié. C’est un portrait de femme, d’autrice, et de mère tout à fait fascinant, et un excellent premier roman.

La Résurrection de Joan AshbyCherise Wolas. Delcourt littérature, janvier 2020. Traduit de l’anglais par Carole Hanna.

A propos Emily Costecalde 690 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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