Destination Outreterres : la survie à tout prix !

Destination outreterres

SCIENCE-FICTION — L’humanité s’étend de manière exponentielle, on le sait. Robert Heinlein imagine un univers alternatif dans lequel l’humanité s’est lancée à la conquête active de l’espace. Grâce à des portails (ça plaira aux fans de Stargate !), l’Homme colonise peu à peu les « Outreterres » et y bâtit des villes extraterrestres.

Rod est un lycéen américain tout ce qu’il y a de plus classique, si ce n’est qu’il a choisit une option un peu particulière pour valider son diplôme : un cours consacré à la survie dont l’examen peut sembler un peu extrême. Les étudiants sont en effet largués dans un endroit inconnu d’eux, sans savoir quel climat, quelle faune et quelle flore ils vont rencontrer. Ils doivent rejoindre le portail de retour dans les temps, en survivant à un milieu probablement hostile.

Rod pense être bien préparé mais une fois sur place, dans une sorte de jungle résolument dangereuse, il se rend bien vite compte d’un fait terrible : quelque chose a indéniablement mal tourné, et personne ne viendra chercher les étudiants perdus en pleine nature sur une planète inconnue. Il faut alors survivre, s’allier et repenser toute une société, loin de la civilisation.

Nos étudiants ne se laissent pas abattre. S’ils doivent rester là pour toujours, ils font faire de leur mieux pour rentrer les lieux habitables…

Le roman est un peu désuet (la place de la femme y est un peu rétrograde, et la seule fille qui ose l’ouvrir se voit souvent répondre « tais-toi, Caroline ! ») et résolument bavard (ah, les interminables discussions entre lycéens et étudiants sur la démocratie et son fonctionnement) mais il se lit avec grand plaisir. Nos jeunes héros sont éduqués et débrouillards : prisonniers d’un environnement digne de l’âge de pierre, ils parviennent assez rapidement à se construire un village à peu prêt sécurisé, à défaut d’être confortable ou évolué. La réflexion, sans grande surprise, tourne autour d’une certaine définition de l’humanité : alors que nos jeunes héros essaient de garder un fonctionnement sociétal complexe et s’inspirent avec brio de toutes les grandes inventions de l’humanité (s’ils sont à l’âge de pierre, ils maîtrisent bien sûr la roue, les bases de la physique ou de la biologie), de l’extérieur, ils ont assurément l’air un peu sauvages. Vêtus de peau de bête, sales, et marqués par la vie au grand air, comment reconnaître en eux de brillants lycéens américains ?

C’est l’occasion pour eux de rêver en grand et d’imaginer mettre en place une utopie, de s’éloigner de la société de consommation et de la vie sur une Terre surpeuplée. Comme tout rêve a une fin, et celle du roman propose une conclusion somme toute brutale à ces beaux projets : comme un retour un peu sec à la réalité. Difficile de vous en dire plus sans divulgâcher l’intrigue.

C’est un beau roman aussi sur le passage à l’âge adulte car si tous ces étudiants étaient des adolescents ou tout jeunes adultes au début de l’histoire, la confrontation à la vie sauvage en fait brutalement des adultes. Des familles se forment, et notre héros prend des fonctions de commandement qui le font grandir bien vite. Un retour en arrière semble alors difficilement possible…

En bref : une lecture vraiment bien ficelée, qui a un peu vieilli, mais propose une réflexion toujours pertinente sur le fonctionnement social des humains…

Destination Outreterres, Robert Heinlein. Hachette « le rayon imaginaire », avril 2022. Traduit de l’anglais par Patrick Imbert.

A propos Emily Costecalde 993 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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