Holy Night, cruelle adolescence

Holy Night, Tender Night… Nous sommes à la veille de Noël, dans les années 90, dans une banlieue chic de Paris. Aujourd’hui, le lycée privé d’Alexandre, le héros, est en deuil : un de ses camarades s’est tué dans un accident de voiture. Personne ne connaissait vraiment Timothée, le défunt, et sa mort fait plus l’objet de ragots que de pleurs très marqués. La soudaineté de sa mort, plus que la réalité de celle-ci, choque peut-être tout de même les adolescents, qui se découvrent brusquement mortels, éphémères. L’envie d’en profiter, de boire la vie jusqu’à la lie les prend, et la classe d’Alexandre décide de sortir, tous ensemble, en boîte. »Ce soir, on sort. »

Alexandre n’y tient pas vraiment, mais il suit le mouvement et accompagne ses amis en boîte : la soirée qu’il va vivre sera mémorable, entre ivresse, errance dans les rues enneigées et une violence sourde, sous-jacente. Une soirée qui dégénère, tout simplement, avec tout ce qu’une soirée en boîte peut avoir de glauque et de potentiellement dangereux : les garçons qui boivent trop et finissent pas en devenir violents, les filles qui se laissent entraîner dans les coins sombres. Sur tout cela, Alexandre porte un regard plutôt détaché : au fond, il n’est pas comme tous les autres, tous ceux qui ont déjà oublié Timothée. Avec le jeune homme solitaire, il avait réussi à nouer un lien, certes ténu, mais un lien, tout de même. Timothée illustre bien la cruauté inconsciente des lycéens, leur insouciance parfois terrible. Alexandre se plonge parfois dans ses souvenirs, et se rappelle l’arrivée du défunt en classe. Ces flash-backs nous aident à mieux comprendre l’ambiance de l’ensemble de la classe. N’a-t-on pas dit que les enfants et les adolescents sont impitoyables entre eux ?

Le récit de Mickaël Vrignaud surprend : il parvient à saisir l’essence d’une jeunesse un peu paumée, prisonnière d’une prison dorée, consciente au fond que la vraie vie, ce n’est pas ça, pas vraiment. Le style est dynamique, parfaitement ajusté à l’histoire qu’il raconte. Notre sensation de malaise augmente au fur et à mesure de la nuit, la sensation est parfaitement rendue. On passe un bon moment de lecture, et on ne peut que se féliciter de n’avoir jamais vécu de Holy Night comme celle que vit Alexandre.

C’est l’occasion de découvrir par ailleurs une nouvelle maison d’édition, les éditions Contre-Ciel, une petite maison située dans le Nord-Pas-de-Calais s’intéressant dans un premier temps à la littérature et à la poésie contemporaine.

Holy Night, Mickaël Vrignaud. éditions Contre-ciel, 2014.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 667 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

3 Commentaires

  1. Très envie de découvrir ce bouquin. Je trouve que rares sont les auteurs à savoir réellement aborder cette période qu’est l’adolescence, à être parfaitement justes lorsqu’ils traitent de la jeunesse. Envie de voir si Mickaël Vrignaud fait partie de ceux-là…

  2. Voilà un livre que j’ai lu il y a peu mais qui m’a énormément plus ! 🙂
    J’ai beaucoup apprécié ce roman intrigant dont l’écriture sort de l’ordinaire avec une histoire très prenante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.