Mary Poppins : malheureux retour …

Le Retour de Mary Poppins, Rob Marshall

CINÉMA — 54 ans après la première aventure de Mary Poppins, Disney remet le couvert avec une suite, sobrement intitulée Le Retour de Mary Poppins. Et peut-être aurait-il fallu laisser l’auguste nounou là où elle était…

Londres. Michael Banks travaille dans la même banque que feu son père – celle dont il avait été renvoyé, absolument ! – et vit toujours au 17, allée des Cerisiers, avec ses trois enfants, Annabel, John et Georgie. Jane Banks milite au parti travailliste et visite souvent son frère et ses neveux. Faisant face à des ennuis d’argent, Michael a hypothéqué la maison… et peine à payer ses traites. Son patron lui envoie donc des huissiers afin de recouvrer son bien.
C’est sur ces entrefaites qu’apparaît Mary Poppins, accrochée au cerf-volant qu’ont perdu les enfants dans la tempête. Aidée de Jack, optimiste allumeur de réverbère, elle va s’attacher à faire ce qu’elle fait de mieux : ramener un peu de magie dans le quotidien de ces enfants.

Enfin, ça, c’est qu’on aurait aimé voir. Après tout, c’est Mary Poppins ! Mais il semblerait que du côté des studios Disney, les âmes d’enfants des scénaristes et réalisateurs aient disparu depuis bien longtemps. Mais procédons dans l’ordre ! Mary Poppins est une vraie comédie musicale avec solos, grands ensembles et chorégraphies millimétrées. De ce côté-là, on est servis, notamment avec la scène des allumeurs de réverbères montés sur BMX et alignant les cascades les plus folles. Côté chansons, en revanche, difficile d’être aussi emballé. Les airs sont généralement entraînants, mais toutes les chansons manquent d’émotion. On ne risque pas de se surprendre à les siffloter à n’importe quel moment des années plus tard, tant elles sont ternes.

Le Retour de Mary Poppins, Rob Marshall

Et où est passée l’inventivité ? Alors que la Mary Poppins originelle tire de son chapeau le célébrissime “supercalifragilisticexpialidocious”, celle-ci se contente de reprendre l’expression de Jack sur la “lumino-magie fantastique”. Vocable tristement transparent et pas enchanteur pour deux sous, puisqu’il ne convoque ni magie, ni imaginaire. Or, c’est bien ce qu’on peut reprocher à l’intrigue : hormis quelques tours de passe-passe de-ci de-là, qui s’avèrent téléphonés au possible, rien de bien sérieux. C’est d’une platitude à pleurer. Les personnages sont stéréotypés (notamment les filles) et pas un ne rattrape le niveau. Et au bout de deux heures, atteint-on le nirvana ? Que nenni. On toucherait plutôt le fond. Car quelle est la morale à la fin ? C’est par la banque et la finance que vous obtiendrez le salut. Nous aurait-on menti ? Manquerait-il un logo sur l’affiche ? Wall Street aurait-il sponsorisé ce film en douce sans qu’on n’en sache rien ? Mais enfin, que s’est-il passé ?
À ce stade, la seule explication est que la fin du scénario a été confiée au service comptable, qui aura fait du mieux qu’il peut et selon ses compétences : dans la finance, donc.

Amère déception donc que cette suite de Mary Poppins qui, malgré quelques bons interprètes, n’atteint clairement pas la cheville de l’originale. Intrigue et chanson s’avèrent sans saveur, la magie est aux abonnées absentes, au profit de stéréotypes éculés et d’une apologie du capitalisme décomplexée. À oublier, donc.

Le Retour de Mary Poppins, Rob Marshall. Avec Emily Blunt dans le rôle-titre. En salles depuis le 19 décembre 2018.

A propos Oihana 711 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

3 Commentaires

  1. Bonjour
    Je suis du même avis, je m’attendais à passer un bon moment avec ce film, retrouver le plaisir et la magie du 1er film. Beaucoup trop de tapages autour du film et je suis bien déçue le premier était vraiment meilleur.
    Cette lubie de vouloir refaire des suites aux classiques je comprends pas.

  2. J’ai envie d’être objectif sur ce film, que je re-découvre, ne voulant pas rester sur la déception du premier visionnage au cinéma, lors de sa sortie.
    Dans le positif, les décors, et certaines prouesses artistiques sur les chorégraphies.
    Les enfants sont sympathiques et on retrouve avec assez de plaisir les personnages phares.
    Pour le reste, j’ai beau me dire que peut être mon âge influence mon jugement, en fait je ne pense pas. Le premier Opus trouve toujours grâce à mes yeux, bien que pas forcément fan de comédie musicale à la base.
    Mais dans ce deuxième volet, tout d’abord je trouve que Mary Poppins est manièrée à l’excès, que par ailleurs elle a un côté prétentieux qui ne me semble pas apparaître dans « Mary Poppins,sentiment renforcé par certains moments d’adulation distillés dans le film.
    Musicalement, comme beaucoup, je ne retrouve pas la magie d’avoir en tête aucun des airs de ce deuxième volet. Aucun ne se démarque et la lumino magic fantastique malheureusement ne produit pas son effet.
    Les scènes chorégraphiques sont visuellement chouettes, mais musicalement, sous prétexte sans doute d’en mettre plein la vue, sont davantage bruyantes que mélodieuses, voire cacophoniques.

    En résumé je ne dirais pas que ce film est nul et il distraira certainement certains d’entre nous, enfants ou adultes, mais on est loin de la magie attendue, et n’en déplaise à certains, même sans copier, l’attente était énorme pour beaucoup sur ce film.
    Fatalement, même en voulant être objectif ou en tout cas modéré, la déception n’en est que plus grande.

    • Même dans un souci d’objectivité, je ne sais pas si j’aurai la force de le revoir ! Je suis rarement ressortie du cinéma aussi déçue par une production (même si, comme vous le soulignez, certains aspects sont plutôt chouettes).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.