Binti : afrofuturisme, sciences dures et space-opéra

SCIENCE-FICTION — On continue l’exploration des œuvres de Nnedi Okorafor. Après la fantasy jeunesse et la science-fantasy, place à la science-fiction avec Binti !

En langue originale, Binti ce sont trois novellas et une nouvelle publiées indépendamment : Binti, Binti : feu sacré, Binti : retour et finalement Binti : mascarade nocturne. L’intégrale dont on parle aujourd’hui contient les trois premiers textes – et on espère d’ores et déjà que le quatrième sera bientôt traduit et publié en version française.

Maîtresse harmonisatrice du peuple Himba, Binti est vouée à reprendre la boutique d’astrolabes de son père. Mais l’incroyable don pour les mathématiques de l’adolescente, capable d’entrer en méditation très profonde en résolvant des équations, lui ouvre les portes de la prestigieuse université interplanétaire d’Oomza. Aucun Himba n’a jamais fréquenté cette université, ni même quitté la planète Terre. Binti sait très bien quelle sera la réaction de sa famille, aussi l’adolescente s’embarque-t-elle sur le Troisième Poisson à l’insu de ses parents.
Mais au cours du trajet, le peuple des Méduses, ennemi millénaire des humains, et notamment des Koush, voisins assez peu pacifiques des Himbas, abordent le vaisseau pour en massacrer les passagers. Commence alors pour Binti un combat pour sa survie et celle de ceux qui lui sont chers.

Le roman débute sur Terre, alors que Binti est toujours au sein de sa famille et de son peuple – les Himbas. Dans la réalité comme dans la fiction, ceux-ci vivent au nord de la Namibie, avec peu de contacts à l’extérieur. Ce qui rend d’autant plus ambitieux le projet de Binti d’aller à l’université, sur une autre planète, qui plus est. Mais finalement, ce n’est pas tellement ce qui occupe le plus le récit. Celui-ci est plutôt centré sur la séparation de Binti d’avec sa famille, sa souffrance d’être coupée de ses racines et de ses traditions. Pourtant, la jeune fille n’est pas repliée sur elle-même, et c’est ce qui rend le récit si intéressant. L’autrice explore le thème du déracinement et du poids des traditions en en montrant toutes les nuances : ainsi, on peut être profondément attaché à ses racines, à sa culture, au point de reproduire les actes traditionnels phares avec les moyens du bord, sans pour autant dédaigner les autres ni les repousser. Il y a là un savant équilibre à trouver qui dépend de soi, bien sûr, mais aussi de la bonne volonté des autres, ce que Binti expérimente souvent assez durement. En effet, si elle parvient à se lier d’amitié avec Okwu, un guerrier Méduse, son entourage (qu’il soit amical ou familial) ne fait pas nécessairement preuve de la même ouverture d’esprit.

Le récit est porté par un style très accessible, ce qui donne toute sa place au roman dans une collection young-adult. Les deux premiers textes sont même assez simples, et il faut vraiment attendre le troisième pour que l’intrigue prenne plus de corps.
Mais Nnedi Okorafor ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles et n’épargne rien à ses personnages, dont les parcours sont semés d’embûches. Les épreuves traversées rendent l’intrigue très réaliste, quoique dans un univers de science-fiction, ce qui donne tout son cachet au roman. Il faut y ajouter un univers dépaysant, qui passe des étoiles au désert, et original : le fait d’avoir choisi comme second protagoniste un alien non-anthropomorphique y est sans doute pour beaucoup ! Les transes mathématiques sont également là pour assurer l’exotisme du récit. Si vous n’aimez pas les maths, pas de panique : elles sont vraiment là en toile de fond et la description des arborescences dans lesquelles Binti se plonge est même très poétique.

Nnedi Okorafor livre donc ici un récit passionnant. Certes, nous sommes pleinement dans du space opera, mais Binti traverse des épreuves très réalistes et des questionnements universels. La simplicité du récit rend le texte accessible aux plus jeunes lecteurs (comme aux néophytes du genre) ; un titre parfait pour découvrir le courant de l’afro-futurisme !

Binti, tome 1, Nnedi Okorafor. Traduction d’Erwan Devos et Hermine Hémon. Actusf (Naos), janvier 2020. 

A propos Oihana 579 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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