Ready Player Two : retour dans l’Oasis !

Ready Player Two, Ernest Cline

SCIENCE-FICTION — Fort de l’immense succès de son premier roman (Player One) et de son adaptation par Spielberg, Ernest Cline est de retour en librairie avec une suite à son best-seller : Ready Player Two (logique). Celle-ci, avant même sa sortie en librairie, faisait grincer des dents : retourner dans l’Oasis, n’était-ce pas faire preuve de paresse intellectuelle, de fan service ? N’était-ce pas surfer sur la vague, sans innover davantage, juste histoire de se faire du blé facile ? On s’est donc penché sur ce nouveau roman avec circonspection. Mais force est de constater que la mayonnaise prend une nouvelle fois.

À une condition : la fameuse « suspension of disbelief » si chère aux Anglo-saxons. Il faut accepter de fermer les yeux sur les petits défauts de l’intrigue d’Ernest Cline. Soyons honnêtes : les fans du premier livre ne seront pas dépaysés par le schéma narratif du second, puisqu’il s’agit une fois encore d’une chasse au trésor. Nous retrouvons Wade, alias Parzival, devenu le maître de l’Oasis, ce qui fait de lui de facto un des hommes les plus riches et puissants du monde. Wade s’ennuie pourtant. Aussi, lorsqu’une nouvelle quête laissée par Hallyday, le génial inventeur de l’Oasis, sorte d’Internet amélioré au-delà de nos rêves (ou cauchemars) les plus fous, débute, Wade est forcément de la partie. Surtout quand, pris en otage par un PNJ devenu dément, sa survie et celle de millions d’utilisateurs entre dans la balance… Le compte à rebours commence : Wade et ses potes n’ont qu’une douzaine d’heures pour sauver le monde !

Donc même idée de base : une quête dans un univers extrêmement fécond, enrichi par toute la pop culture, surtout celle des années 80. Ernest Cline fait du name-dropping un véritable art : ça pourrait être indigeste, ça l’est presque, pour être honnête, mais Cline sait où s’arrêter, quand expliciter, quand laisser courir. Les références fusent, aux jeux vidéos forcément, mais pas que : films et musique s’y trouvent également en bonne place. Encore une fois, c’est promis : même si vous ne connaissez pas, vous ne serez pas largués. Par exemple, ce roman place une des énigmes dans les films de John Hughes et une sur une planète consacrée à Prince, deux artistes que je ne connais pas plus que ça, mais j’ai lu ces deux parties avec grand plaisir. J’ai juste un petit regret : aucune quête autour de Retour vers le futur ? Tu déconnes, Ernest…

Les éléments sur lesquels fermer les yeux ? Les quêtes sont un poil faciles. À chaque fois, on nous serine que ça sera méga dur, même insurmontable, personne n’a jamais réussi à le faire, et voilà que nos héros y arrivent, et en plus en étant terriblement pressés par le temps. Hum. Quant à la fin, avec cette ouverture très SF que nous propose l’auteur… Elle laisse songeur. Why not, après tout, mais personnellement, je ne suis pas très convaincue.

Reste que j’ai passé un excellent moment avec Ready Player Two. Je me suis glissée avec délice dans cet univers extrêmement porteur que j’ai découvert il y a déjà trois ans, comme si je l’avais quitté hier. Ça fuse à cent à l’heure, c’est bourré de références, c’est forcément extrêmement riche sans être indigeste, et ça pose des questions philosophiques plutôt intéressantes : qu’est-ce que notre humanité ? Peut-on prétendre à l’immortalité grâce au numérique ? Wade a quelques bons problèmes éthiques sur lesquels plancher… mais ça ne nous fait pas de mal, à nous aussi, d’y réfléchir.

Ready Player Two, Ernest Cline. Michel Lafon, 2021. Traduit de l’anglais par Arnaud Regnauld.

A propos Emily Costecalde 839 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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