Aujourd’hui comme hier : sordide banlieue ?

Aujourd'hui comme hier, Mary Beth Keane

ROMAN AMÉRICAIN — Il y a sans doute beaucoup de choses à dire sur le dernier roman de Mary Beth Keane, Aujourd’hui comme hier : mais, pour être honnête, sitôt la lecture terminée, on peine bien à savoir par où commencer : par le drame qui va secouer ces deux familles, à mi-parcours du récit ? Par la famille avec un F majuscule, puisque ces deux familles vont finir par n’en former plus qu’une ? Par l’évolution presque douloureuse des personnages ? Difficile à dire, difficile d’en parler : et pourtant, nous avons aimé ce roman !

Francis Gleeson et Brian Stanhope, deux jeunes flics du NYPD, n’ont été partenaires que quelques semaines lors d’un été brûlant des années 70. Leurs vies vont pourtant s’entrelacer d’une manière étonnante et inéluctable. Les deux jeunes hommes prennent épouses et s’installent dans la même banlieue calme dans des maisons voisines. Leurs enfants grandissent ensemble. Kate Gleeson et Peter Stanhope, qui n’ont que six mois d’écart, deviennent ainsi inséparables, jusqu’à ce que, l’année de leurs quatorze ans, leurs familles se déchirent autour d’un drame sordide…

Difficile d’en dire davantage sous peine de divulgâcher le récit ! Le roman de Mary Beth Keane court sur plus de quarante ans : l’intrigue débute dans les années 70 et le roman se termine à la toute fin des années 2010. C’est donc un roman qui en dit long sur l’évolution de la société américaine, même si l’Histoire avec un grand H se fait discrète, avec quelques subtiles mentions presque invisibles, comme une mère qui cherche à joindre son fils le 11 septembre ou des personnages qui évoquent « l’élection à venir » en 2016… Non, c’est plutôt une description dans le temps de la vie dans les petites banlieues à priori sans histoires de la côte est, dans ces pavillons où l’on passe les décennies de sa vie adulte, en connaissant tout le quartier. On emménage, on est jeune. Le temps de se retourner, et on ne l’est plus. Une banlieue sans histoire ? Vraiment ? Bien sûr, des histoires, il y en a dans ce roman : sinon on s’ennuierait, n’est-ce-pas ? Aujourd’hui comme hier aborde ainsi des thèmes majeurs comme le deuil, l’alcoolisme, la dépression, la folie, la solitude, le pardon, la rédemption : tout ce qui faut pour faire un bon roman. L’histoire peut sembler passive : elle s’écoule lentement, il est vrai, les années passent, certaines très détaillées, d’autres sont résumées en quelques lignes laconiques et s’envolent en un rien de temps. Mais les sentiments qui animent les personnages et leur évolution sont abondamment détaillés, la narration allant de l’un à l’autre, alternant les points de vue, contribuant à construire un panorama précis et complet de la vie des Gleeson et de Stanhope au fil des décennies.

C’est un roman extrêmement satisfaisant, qu’on quitte à regret, tant les personnages nous sont devenus proches. C’est typiquement le genre de lecture dont on a du mal à parler après coup car les mots semblent superflus, tant on a envie de se retrouver un peu seuls avec les pensées et réflexions qu’on suscité l’intrigue. La marque d’un bon roman, assurément…

Aujourd’hui comme hier, Mary Beth Keane. Presses de la cité, 2021. Traduit de l’anglais par Karine Guerre.

A propos Emily Costecalde 873 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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