Merveilleuse Mrs Maisel !

Mrs Maisel

SÉRIE TV — La première fois que l’on m’a dit « Comment, tu n’as jamais regarde The Fabulous Mrs Maisel ? Mais t’attends quoi, c’est trop bien ?!« , ça devait être en 2019, j’ai dit « moui… » et j’ai laissé couler. Je n’aurais pas dû. En plein gueule de bois post-saison 3 de Sex Education, j’ai lancé le programme sans conviction. Il n’a fallu que cinq minutes pour que je sois totalement accro.

Elle s’appelle Miriam, elle a vingt-six ans en et c’est une jeune femme accomplie, telle que l’a rêvée sa mère. Nous sommes en 1958, dans l’Upper West Side, et elle coche toutes les cases : elle est jolie, brillante, drôle, éduquée et, malgré deux enfants dont un encore en couche-culotte elle est toujours élégante, fine et pimpante. Elle vit dans un gigantesque appartement avec son mari Joel, cadre sup qui se rêve humoriste. Elle est tout bonnement parfaite. Quand son mari monte sur scène pour jouer son numéro, c’est elle qui a amadoue Susie, qui tient le planning des artistes, pour qu’il passe à un bon horaire. Le soir, elle attend qu’il soit couché pour se crémer et se mettre des bigoudis, et elle s’oblige à se lever deux minutes avant lui pour se coiffer et se maquiller. Toujours impeccablement habillée, elle lui apporte sans broncher ses affaires au bureau, lui préparer à manger, veille à sa vie sociale. Que voulez-vous ? Miriam est la femme au foyer parfaite.

Mais un jour, tout bascule. Joel quitte Miriam du jour au lendemain, sans signe avant-coureur, pour partir avec sa secrétaire (le cliché !). Complètement déboussolée (et fort bourrée), Miriam débarque en chemise de nuit dans le bouge où Joel venait de faire un bide sur scène, et se lance dans un monologue très inspiré et très drôle qui se terminera au poste de police. La machine est lancée : et si l’humoriste du couple Maisel, c’était plutôt Madame ?

Une femme au foyer juive qui, en 1958, décide de devenir une vedette comique ? Il fallait oser, mais ça fonctionne car c’est effectivement très drôle, grâce au jeu particulièrement brillant de Rachel Brosnahan, l’interprète de Miriam, qui donne à son personnage tout son génie comique : le geste, le ton, la mimique, le mot juste, tout est parfait. Miriam est un personnage avec beaucoup de répartie, et sur scène elle dit tout haut ce que les gens pensent tout bas. Tout y passe : la fin de son mariage, ses enfants, et même la vie sexuelle de ses parents ! Sa vie lui sert de matériau brute, mais de ses mésaventures conjugales, elle tire des propos très vrais et universels sur la condition féminine, sur les hommes, sur la famille. Miriam n’a aucun filtre, rien ne l’arrête… Sa langue bien pendue lui vaudra même quelques enquiquinements, notamment avec la justice, mais aussi dans le milieu ultra fermé de l’humour new-yorkais. Assez rapidement, Miriam se rend à l’évidence : elle est douée et elle aime se produire sur scène, elle se retrouve donc à vivre une double vie avec l’aide de Susie, qui s’improvise son imprésario : auprès de ses parents Abe et Rose la journée, dans les clubs du Village le soir. C’est une libération : Miriam s’émancipe, se dégage de la tutelle de son mari, et de ses parents et devient enfin qui elle veut vraiment être. Le spectateur assiste, enthousiaste, à sa transformation très féministe pour l’époque, mais qui reste plausible, Miriam demeurant une fille de bonne famille des années 50.

En plus d’être portée par des dialogues impeccables et des scènes d’un comique irrésistible, la série vit grâce à ses personnages tous brillamment campés. Qu’il s’agisse d’Abe, le patriarche un peu désabusé (impeccable Tony Shalhoub), de Joel l’ex tout en nuances, Rose, la mère au bord de la crise de nerfs, ou de Suzie, l’imprésario à casquette et ventouse (vous comprendrez en saison 2), ils sont tous parfaits. On aime voir Abe ronchonner, Rose faire sa drama queen, le pragmatisme de Susie, et la relation sans manichéisme entre Joel et Miriam. Aucune fausse note !

Bonus : la photographie de la série est très belle, avec des plans séquence très réussis, et une immersion soignée dans le New York de la fin des années 50. En somme, de tous points de vue : on se régale. Mrs Maisel est bel et bien fabuleuse !

La série est disponible sur Amazon Prime Vidéos. Trois saisons sont en ligne.

A propos Emily Costecalde 866 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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