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The Hate U Give : une lecture nécessaire et actuelle

The Hate U Give, Angie Thomas, Nathan

ROMAN ADO — Après des mois à faire parler de lui dans les sphères anglo-saxonnes, des mois sur la liste jeunesse du New York Times, The Hate U Give arrive enfin entre les mains du lecteur français. Écrit dans l’Amérique du « Black lives matter », ce premier roman coup de poing est, outre un très bon roman jeunesse, un texte militant et engagé qui tape juste et fort.

Starr est une jeune Afro-américaine de seize ans, qui vit dans un quartier difficile. Son père a autrefois fait de la prison, et il tient désormais une épicerie où elle travaille sur son temps libre. Son quotidien ? Louvoyer entre les gangs dans son quartier, et faire comme si de rien n’était dans son école privée majoritairement blanche. Mais comment faire comme si tout allait bien quand, à dix ans, on a vu sa meilleure amie se prendre une rafale de balles en pleine rue ? Comment faire comme si de rien n’était quand, à seize ans, on voit son meilleur ami Khalil se faire abattre sommairement de trois balles dans le dos par un policier ?

Starr est le seul témoin du meurtre de Khalil. Bientôt, l’affaire est montée en épingle, le quartier s’embrase, les médias veulent dépeindre Khalil comme un dangereux voyou. Starr ne peut pas laisser faire ça. Elle ne les laissera pas salir la mémoire de Khalil. Et si elle peut aider à faire condamner son meurtrier, elle le fera. Peu importe les intimidations, ou le fait que les gangs du quartier fassent tout pour la décourager. Starr est en colère, et elle est courageuse.

Une leçon de courage. C’est ce que nous livre Angie Thomas avec ce roman d’une force incroyable. Starr ne doit pas se laisser vaincre par la colère, la haine, la peur. Elle ne doit pas se laisser envahir par cette envie de tout casser que partagent tellement de gens dans son quartier. Elle doit faire les choses bien, passer par des voies légales. Oser parler à la justice. Oser se mettre en position d’être jugée à son tour, tout simplement parce qu’elle est noire dans l’Amérique de 2018. Et Starr ose !

The Hate U Give, Angie Thomas, Nathan

Faire un livre sur un sujet aussi sensible, aussi touchy, aussi brûlant d’actualité, ce n’est pas chose facile et Angie Thomas s’en tire avec les honneurs. Pas de manichéisme ici, ce ne sont pas les flics contre les habitants des banlieues sensibles, les Blancs contre les Noirs. Elle propose une peinture nuancée de la vie dans les quartiers dits difficiles. Elle montre les gangs, la violence, les émeutes, la drogue, mais aussi la solidarité, l’amitié, les gens qui se serrent les coudes dans les moments difficiles. Elle propose d’ailleurs une galerie de personnages tout à fait exceptionnelle. Les parents de Starr sont tout bonnement géniaux. Ses frères aussi. Tous les personnages qui gravitent autour d’elle font l’objet d’un traitement tout à fait réussi, même ceux qui sont ultra secondaires. Et au-delà de l’affaire Khalil, l’auteure n’hésite pas à montrer le racisme ordinaire dont font preuve même les amis de Starr.

Servi par un style entraînant et très additif, avec un style très oral lors des dialogues qui sonnent de fait justes et réalistes, The Hate U Give est assurément une lecture nécessaire, presque sociologique, qui donne à réfléchir et montre à quel point les violences policières envers les Afro-américains sont réelles outre-Atlantique. Un texte salutaire, à mettre entre les mains de tous les adolescents !

The Hate U Give, Angie Thomas. Nathan, 5 avril 2018. Traduit de l’anglais par Nathalie Bru.

A propos Emily Costecalde (638 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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1 Commentaire le The Hate U Give : une lecture nécessaire et actuelle

  1. J’ai adoré ce roman par sa force et comme tu le dis son approche sociologique. Cela donne une toute autre perspective à quelques lignes accrocheuses dans les médias sur les tensions avec les communautés noires aux USA.

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