La Dernière fugitive : Tracy Chevalier au sommet de sa forme

La réputation de Tracy Chevalier n’est déjà plus à asseoir : depuis La Jeune Fille à la perle, l’auteur américain s’est instauré comme une spécialiste du roman historique. Dans son précédent roman, Tracy Chevalier nous avait déjà livré un très beau portrait de femme, en s’intéressant à la personnalité hors du commun de Mary Hanning. La Dernière Fugitive nous présente une autre femme, Honor Bright, une jeune Quaker qui traverse l’Atlantique pour accompagner sa sœur, qui va se marier. Mais sa sœur décède sitôt arrivée en Amérique, laissant Honor aux bons soins d’un homme qui a failli être son beau-frère mais qui n’est plus qu’un inconnu.

L’immigration vers l’Amérique, et le déracinement que cela représente sont bien sûr au centre de l’intrigue de La Dernière Fugitive : Honor peine à se faire sa place dans un pays si différent du sien, l’Angleterre. Les maisons sont de bois, et non de pierre, donnant au nouveau foyer d’Honor une teinte bien provisoire. Les mœurs sont déjà différentes. Même le nom des animaux et des plantes changent ! Les femmes font des quilts d’une manière tout à fait autre. Et il y a du maïs partout ! Honor ne se sent pas chez elle en Amérique, d’autant plus que la cohabitation est malaisée auprès de l’homme qui devait épouser sa sœur, et de la belle-sœur de celui-ci, piètre maîtresse de maison.  Dans l’Ohio, aux yeux de tous, elle reste l’Anglaise, avec toute la bizarrerie que cela suppose. Mais la jeune femme fait contre mauvaise fortune bon cœur et, faisant fi de son attirance naissante pour Donovan, un chasseur d’esclaves, elle ne tarde pas à épouser un jeune fermier quaker du village.

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A partir de quand commence-t-on à se sentir américain ? L’interrogation persiste aux yeux d’Honor, même après une année pleine en Ohio. La jeune femme peine à se sentir en communion avec un pays qui pratique l’esclavage, une chose qui révolte profondément la jeune Quaker. Autour d’elle, tout le monde réprouve, mais personne n’agit : il est bien plus simple de fermer les yeux. Tracy Chevalier nous plonge alors dans la réalité du chemin de fer clandestin, de ce réseau secret qui aidait les esclaves fugitifs à fuir au Canada, là où on ne pouvait les rattraper. La jeune Honor, qui n’a jamais vu de Noir auparavant, prend fait et cause pour les esclaves en fuite, n’écoutant que son courage. Si Tracy Chevalier propose une version assez édulcorée de l’esclavage (ainsi, Virginie semble pouvoir s’enfuir autant de fois qu’elle le souhaite, sans trop de dommages corporels), il est très intéressant d’en savoir davantage sur ces gens qui cachaient et aidaient les esclaves.

C’est un récit passionnant que nous propose Tracy Chevalier, une véritable plongée dans l’Ohio de 1850, avec un personnage principal courageux et attachant. Honor a beau être réservée comme toute bonne Quaker, elle est capable de s’imposer quand il le faut. Sa grande droiture morale, sa loyauté et ses principes en font une jeune femme dont on aime suivre le destin. Tracy Chevalier ne nous entraîne pas sur les pistes les plus attendues, et nous surprend jusqu’à la fin, avec une scène finale d’une grande intensité. Une lecture comme on les aime !

La Dernière fugitive, Tracy Chevalier. La Table Ronde, octobre 2013. Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 667 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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