Désir de chocolat, un roman gourmand !

Désir de chocolat, Care Santos, Robert Laffont

Pâques est passé mais a-t-on vraiment besoin d’attendre le mois d’avril pour parler de ce mets onctueux, délicat et délicieux qu’est le chocolat ? L’Espagnol Care Santos lui consacre tout un roman qui se déguste avec grand plaisir, à l’image de la friandise qui l’a inspiré. Trois femmes, trois époques, une chocolatière en porcelaine… accrochez vos ceintures, vous partez pour Barcelone, au XVIIIe, XIXe siècle, mais également à notre époque.

Vous l’ignorez probablement, mais la célèbre ville catalane est un des hauts lieux européens de l’histoire du chocolat : et c’est dans ses rues tortueuses et charmantes que Care Santos fait évoluer ses personnages. Le roman s’ouvre sur l’histoire de Sara qui, à notre époque, tient une chocolaterie renommée et dont le cœur balance entre deux hommes, dont un créateur de chocolats de génie. Sara possède une chocolatière en porcelaine à laquelle elle tient énormément : l’objet a indéniablement vécu. Ébréché, il a perdu son couvercle, et son moussoir : en lettres bleues s’inscrit le nom de sa première propriétaire, Adélaïde de France. Dès les premières pages, nous savons que la chocolatière a connu un sort funèbre : la voilà désormais cassée, et l’époux de Sara essaie de la recoller pour lui redonner vie. Au fil du roman, nous découvrons comment Sara a mis la main sur cet objet à l’histoire mouvementée. Puis, pour notre plus grand bonheur, Care Santos introduit un saut temporel et nous voilà en 1851, chez les Turull qui fêtent la naissance de leur fille Càndida. Dans les tréfonds de leur luxueuse demeure barcelonaise, une autre petite fille vient au monde : elle s’appelle Aurora. Mais contrairement à Càndida, Aurora est pauvre, et orpheline. A leur destin sera étroitement lié celui d’une certaine chocolatière de porcelaine.

Désir de chocolat, Care Santos, Robert Laffont

Et ainsi de suite. Le lecteur remonte le fil des souvenirs, jusqu’à l’époque lointaine où Madame Adélaïde de France a commandé une chocolatière à la manufacture de Sèvres, pendant le règne de son père Louis XV. C’est un roman historique au souffle épique que nous livre ainsi Care Santos : la construction est étonnante, car en effet, l’auteur fait fi de la logique chronologique en ouvrant son récit de nos jours, pour remonter jusqu’à l’origine des événements, ce qui apporte beaucoup plus de fraîcheur au roman qu’une construction linéaire. Autre originalité de la part de l’auteur, il n’hésite pas à varier le style selon les époques, maniant avec talent le style épistolaire et nous offrant même une belle scène de théâtre digne de Beaumarchais !

On parcoure le récit avec beaucoup de plaisir, car l’on s’attache énormément aux personnages que l’on croise, et aux époques que l’on traverse, vibrantes, à la présence indéniable. Barcelone se révèle très vivante, très réelle… et que dire du chocolat, qu’on a presque la sensation de pouvoir humer à travers les pages ? Car c’est un véritable ode au chocolat que nous propose Care Santos : cuisiné, à croquer, et bien sûr, à boire, le chocolat est le véritable héros du roman, avant même la fameuse chocolatière… Boisson des rois, mets des puissants, le chocolat se démocratise au fil des siècles, au fur et à mesure que la chocolatière prend de la patine et, hélas, s’abîme. Se dessine en filigrane l’histoire d’une gourmandise dont on connaît souvent bien mal le passé… Un roman pour le moins savoureux !

Désir de chocolat, Care Santos. Robert Laffont, avril 2015. Traduit du catalan par Marie Vilas Casas.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 663 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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