Un jeune homme superflu, un roman so 2016 !

Un jeune homme superflu, Romain Monnery, Au diable vauvert

ROMAN GÉNÉRATIONNEL — Romain Monnery, nous l’avions rencontré (littérairement parlant, s’entend) avec Le Saut du requin : son humour, et la fraîcheur de son style, nous avaient conquis. Il réitère l’exploit avec Un jeune homme superflu.

Cela pourrait être le roman de notre génération : Romain Monnery a fait le choix d’une narration neutre, à la deuxième personne du singulier. Son héros pourrait être n’importe quel jeune parisien entre vingt-cinq et trente ans, qui a fait des études, mais doit cumuler les stages, faute de se voir promettre le saint-Graal (comprendre : un CDI). Nombreux sont les jeunes gens, leur bac+5 sous le bras, a devoir multiplier les stages, payés au lance-pierre, en espérant pouvoir, peut-être, décrocher un vrai boulot derrière. C’est un rite de passage inévitable pour devenir “adulte”. Mais qu’est-ce que devenir adulte ? C’est cette génération entre deux âges, précaire, qui se cherche, que dépeint Romain Monnery. Une génération qui vit en colocation, faute de pouvoir se payer un appartement seul à Paris, qui sort, festoie, mais qui, au fond, s’ennuie profondément. Inadaptée, cette génération Y ? Un poil…

Un poil que le héros d’Un jeune homme superflu a dans la main. Car il est d’une paresse rare. Autre travers de notre génération ? Peut-être…

Un jeune homme superflu, Romain Monnery, Au diable vauvert

Comme dans Le Saut du requin, c’est drôle et féroce : sous couvert de l’humour (qu’il manie à merveille), Romain Monnery assène quelques vérités bien senties sur notre quotidien parfois un brin absurde, sur la cadence infernale et le rendement que nous imposent le XXIe siècle. Romain Monnery arrive à saisir avec talent une tranche de vie, et croquer sur le vif un membre un peu paumé de cette génération que tantôt l’on encense, tantôt l’on descend en flèche. On pourrait croire que ce héros paresseux et sans ambition, qui adore glander dans son lit, et est devenu un véritable maître ès glandage au boulot serait agaçant à force : que nenni, cet anti-héros est en effet plus touchant. Pourquoi ? Car il nous parle, forcément. On s’y reconnaît. Ou alors, on l’a connu. Romain Monnery est indéniablement le témoin passionnant de notre époque…

Un jeune homme superflu, Romain Monnery. Au diable vauvert, 2016.

A propos Emily Costecalde 648 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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