
ROMAN CARCÉRAL — Un lieu enchanté : c’est ainsi que le narrateur décrit la prison où il attend dans le couloir de la mort que l’on donne l’ordre de l’exécuter, enfin. La dénomination est étonnante : en effet, quel lieu plus glauque, plus sordide, plus terrible qu’une prison ? La description qu’en fait Rene Denfeld, l’auteur, n’a en effet rien d’enchantée. Des cellules insalubres, régulièrement inondées et envahies par les insectes aux repas innommables, en passant par une infirmerie moribonde, tout y passe. Pire : la prison est un lieu de non-droit, où se commettent les pires horreurs : viols, tortures, meurtres. Le lecteur n’ignorera rien des choses odieuses qui se passent dans l’ombre des cellules, des choses sur lesquelles l’équipe pénitentiaire ferme les yeux, quand elle n’est pas partie prenante des atrocités qui s’y passent.
En ce lieu enchanté est indéniablement un roman dur, éminemment sordide et pourtant, étonnamment lumineux. Car même dans cet endroit terrible peuvent régner l’espoir et l’amour. La dame, en charge de mener l’enquête sur les condamnés à mort, et dont nous ne saurons jamais le prénom, et le prêtre défroqué qui donne du réconfort aux morts en sursis peut-ils panser leurs blessures et réussir à se tourner vers la vie, eux qui côtoient la mort au quotidien ? Alors que le narrateur se perd dans ses pensées, et trouve du plaisir dans ses divagations et dans ses lectures, la dame mène l’enquête sur un autre condamné, York, dont l’histoire se dévoile au fil des pages. Bien entendu, elle est terrible, et nous montre une existence brisée, tragique.
En ce lieu enchanté est une véritable claque littéraire. Ce court roman se dévore avec une fascination teintée d’horreur, et nous frappe en plein cœur. La prison, ce lieu déshumanisé et terrible, peut devenir un endroit onirique et magique, à travers le regard du narrateur qui s’imagine que des chevaux d’or galopent dans le sous-sol de la prison pour saluer chaque exécution. Impossible de classer ce roman carcéral dans une catégorie… contrairement aux prisonniers qu’il dépeint, il s’échappera systématiquement des cases dans lesquelles nous voudrions le ranger…
Il faut que je le sorte de ma PAL, il a l’air tellement bien 🙂