Sherlock et Moria, ou Sherlock 2.0

JEUNESSE — Et si Sherlock Holmes et James Moriarty, les « meilleurs ennemis » les plus célèbres de la littérature, avaient été élèves ensemble à la Baskerville Academy, durant leur adolescence ? Cela suffirait-il à expliquer leur rivalité légendaire ? C’est ce drôle de scénario que Ridley Pearson se propose de nous faire découvrir, à travers les yeux de Moria, la petite sœur de James.

Avant de devenir le « Napoléon du crime » que l’on connaît à travers les récits de Sir Arthur Conan Doyle, James était un garçon atypique, issu d’une famille privilégiée de Boston. Accompagné de sa sœur, il va intégrer malgré lui le prestigieux internat de Baskerville, où il va faire la connaissance d’un jeune anglais non moins particulier, Sherlock Holmes. Entre les deux garçons, la mésentente va être totale, et immédiate. Or  une bible d’une valeur inestimable disparaît peu après la rentrée scolaire. Il s’agirait d’un héritage familial des Moriarty dont James et Moria ignoraient jusqu’alors l’existence. Au même moment, James commence à recevoir de mystérieux messages supposés le mettre sur la piste de cette fameuse bible. Sherlock ayant eu vent de ces messages codés et ne sachant pas résister au plaisir de résoudre des énigmes, c’est bon gré mal gré qu’ils vont devoir collaborer pour résoudre le mystère qui secoue l’école.

Contrairement à son frère qui voit cette relation d’un mauvais œil, Moria va rapidement se lier d’amitié avec Sherlock. À travers son regard, on suivra l’évolution de cette inimitié et on cherchera comme elle à comprendre comment James a pu s’enfoncer dans les ténèbres. Moria s’adresse parfois directement au lecteur, sans détour, afin de lui livrer le fruit de ses réflexions. Ce récit est ainsi le compte rendu des évènements auxquels elle a assisté.  Le parti pris de l’auteur est donc original : on aurait pu s’attendre à ce que l’histoire soit relatée par James lui-même, mais il n’en est rien. Cela donne une perspective unique sur les événements, la jeune fille ayant parfois un ou deux temps de retard (notamment parce qu’elle n’assiste pas directement à tout ce qu’elle relate).

Malgré quelques longueurs dans la seconde partie, ce roman est très divertissant et saura ravir les jeunes fans de mystères. Énigmes en tout genre, déductions logiques, indices et sociétés secrètes : rien ne manque à l’appel ! Ce livre est clairement le premier tome de ce qui sera sans doute une série de revisites, et le rythme parfois un peu lent sert en fait plutôt de prétexte à mettre en place le cadre. Le lecteur averti trouvera dans ce récit plusieurs références non négligeables au Chien des Baskerville. Il sera intéressant de voir si les prochains tomes revisitent à leur tour d’autres aspects connus de l’œuvre de Conan Doyle.

Plus d’un siècle après sa création, Sherlock Holmes continue de fasciner (romans, séries télévisées, films) et ce livre ne fait pas exception. Les fans apprécieront les quelques clins d’œil aux aventures déjà existantes et aimeront se pencher sur la jeunesse somme toute inexplorée de leur héros et de sa Némésis. Quant aux plus jeunes, qui ont jusque-là échappé à la plume d’Arthur Conan Doyle, cette série sera sans aucun doute une bonne mise en bouche avant de plonger dans l’œuvre originale.

Sherlock & Moria, L’Initiation, Ridley Pearson. Pocket Jeunesse, 15 février 2018. Traduit par Christophe Rosson.

 

Par Coralie

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